Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




Pour une vie toute en hauteur et en largeur   Jean 13,31-35

En Matthieu 22, nous lisons aux versets 35 à 40 : Un des pharisiens, docteur de la loi, fit à Jésus cette question, pour l'éprouver : Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi.

Voici donc un docteur de la loi. Un homme d'une grande instruction. Un homme qui connaît Dieu. Qui le prie tous les jours. Qui le rencontre au Temple. Qui l'écoute à travers la lecture de la Torah, la Bible hébraïque où les deux commandements d'aimer Dieu et d'aimer son prochain sont assez éloignés l'un de l'autre. L'un se trouve en effet dans le Deutéronome alors que l'autre se trouve dans le Lévitique. Le premier de ces commandements se place du côté de la foi, le second du côté de l'éthique et du comportement dans la société. Et ce n'est qu'à la suite de la prédication de Jésus que l'on commence à rassembler ces deux paroles dans une même exigence. Pas de Dieu sans prochain. Pas de prochain sans Dieu. Saint-Augustin dira à ce sujet : "Aime ton prochain. Alors, ta lumière poindra comme la lumière du matin. Alors, tu verras Dieu. Et ta lumière succèdera à la nuit de ce siècle."

Les versets 28 à 31 du chapitre 12 de l'évangile selon Marc sont pratiquement identiques à ceux que nous venons de lire en Matthieu 22. à partir du verset 32, nous lisons :
Le scribe qui avait questionné Jésus lui dit : Bien, maître, tu as dit avec vérité que Dieu est unique et qu'il n'y en a point d'autre que lui, et que l'aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. Jésus, voyant qu'il avait répondu avec intelligence, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu."

Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. C'est-à-dire tu es tout proche de la vision juste du nouveau monde que Dieu veut construire avec le concours de chacun d'entre nous. Ainsi, la loi toute entière trouve son accomplissement dans ces paroles de Jésus. Le comportement des chrétiens n'est donc désormais plus dicté par des commandements et des interdictions, impossibles d'ailleurs à respecter dans leur totalité, mais par la considération et l'amour qu'ils doivent avoir les uns pour les autres.

Lisons à présent les versets 25 à 28 du chapitre 10 de l'évangile selon Luc : Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu ; fais cela et tu vivras.

Fais cela et tu vivras. Avec cette réponse au docteur de la loi, qui se préoccupait avant tout de lui-même et de sa vie éternelle, Jésus ramène la question du scribe, et le scribe lui-même, sur la terre. En effet, avec sa réponse, Jésus ne s'encombre pas de considérations sur l'au-delà. Non, il parle simplement de vivre, de bien vivre dans cet aujourd'hui qui se présente. De vivre en plénitude dans la proximité de Dieu. De goûter ce vrai bonheur. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même et tu vivras.

Avec la lecture de l'évangile de ce jour, aux versets 34 et 35 du chapitre 10 de l'évangile selon Jean, Jésus est même allé encore plus loin : Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.

Jésus ne nous demande donc pas seulement d'aimer nos prochains comme nous-mêmes mais de les aimer comme lui-même nous a aimés. Comme lui-même, qui est venu manifester de façon parfaite dans notre monde l'amour inconditionnel de Dieu. Pour illustrer ce nouveau commandement, j'ai choisi de revenir au chapitre 10 de l'évangile selon Luc, dans lequel se trouve la parabole du Bon Samaritain.

Rappelons-nous : Après avoir répété, et bien répété, le résumé de la loi parlant de l'amour de Dieu et du prochain, le docteur de la loi a demandé à Jésus : Et qui est mon prochain ?
Aujourd'hui, l'homme de la rue demanderait plutôt : Qui est Dieu ? Voilà la question ! La question que tout le monde se pose et à laquelle personne ne sait vraiment comment répondre. Tandis que le prochain, de nos jours, il suffit de sortir de chez soi pour le rencontrer.
Mais pour le légiste, c'est tout le contraire : mon prochain, qui est-il ? Où est-il ? S'il te plaît, Jésus, apporte-moi mon prochain. Mets-le bien devant moi pour que je ne le confonde pas avec un autre. Et surtout pour que je puisse, en l'aimant, être sauvé et gagner la vie éternelle !
Mais si le légiste n'a pas trouvé son prochain, c'est sans doute parce qu'il ne pense qu'à lui-même, qu'à son salut, qu'à sa vie éternelle.

Jésus doit être un peu remué par cet égoïsme et par ce mauvais usage de la religion, qui consiste pourtant à chercher à faire du bien à un prochain. Mais pour se sauver soi-même. Jésus va donc raconter la belle histoire que nous connaissons tous pour positionner à sa manière cette question du prochain. Le blessé, sur la route de Jérusalem à Jéricho, est laissé mourant au bord de la route. Comme notre scribe, lui aussi a besoin d'un prochain pour être sauvé. Mais pour être sauvé pour de bon. Pas pour être sauvé dans une hypothétique éternité.
Ainsi, avec cette parabole, nous sommes en fait en présence de deux mourants, le blessé et le docteur de la loi. Deux mourants qui attendent chacun un prochain pour guérir. Qui attendent d'être relevés de leurs blessures. Blessures infligées par des brigands. Et blessures infligées par une religion qui laisserait croire qu'une vie éternelle pourrait se monnayer contre de bonnes œuvres.

Vient à passer un Samaritain, un étranger. En voyant le blessé, celui-ci s'arrête. Ému de compassion, il le soigne, le transporte sur sa propre monture jusqu'à l'hôtel et le confie lui-même et à ses frais à l'aubergiste. Nous voyons ainsi dans cette parabole deux sortes de prochains. Celui que l'on cherche encore et qui va permettre de gagner sa vie éternelle. Et celui que l'on n'a pas cherché mais qui s'impose à la vue de tout homme ouvert aux autres.
Qui a été le prochain du blessé ? demande Jésus au verset 36. Jésus, qui inverse alors complètement les rôles. Car voici l'inattendu de cette parabole. Le prochain, ce n'est pas le blessé, mais c'est le Samaritain. Le prochain, ce n'est pas celui qu'il faut secourir. Le prochain, c'est celui qui secourt.

La vraie vie ne consiste donc pas à avoir un prochain sous la main. Non, la vraie vie consiste à être un prochain. Être, et non avoir. Être prêt à se laisser prendre aux entrailles. Être prêt à soigner. Être prêt à mettre quelqu'un d'autre, même un étranger, sur sa propre monture. Être prêt à faire un détour par l'hôtel. être prêt à y laisser son argent. C'est vrai qu'il est beaucoup plus facile de passer et de ne rien voir, comme le prêtre ou comme le lévite. Mais ces derniers, enfermés dans leur religion, vivent-ils vraiment ?
Fais cela et tu vivras. Sois un prochain pour les laissés pour compte et tu vivras. Occupe-toi des blessés rencontrés sur ta route et tu vivras. Fais cela et tu ne seras pas loin du royaume de Dieu.

Finalement, cette parabole racontée par Jésus nous montre qu'il n'y a pas de vie possible sans cet amour qui rapproche un prochain d'un autre prochain. Que la vraie vie est une disposition d'esprit et une attention vigilante à ce qui se passe sur la route. Comme cette rencontre entre le blessé et le Samaritain, qui permet à chacun de ces hommes de continuer à vivre. La vie est faite pour se secourir les uns les autres, par delà les différences, toutes les différences, même celles qui peuvent nous séparer depuis des générations. Un jour, nous pouvons être le Samaritain. Un jour, nous pouvons être le blessé. Il faut donc accepter de secourir et accepter d'être secouru.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mieux, tu l'aimeras comme Jésus nous as aimés. Ceci n'est pas seulement une exigence, dira Martin Luther King, mais c'est aussi une chance car cela correspond à la largeur de la vie. Tu aimeras de tout ton cœur le Seigneur ton Dieu. Aime-le de tout ton cœur et indigne-toi pour faire advenir la justice car cela correspond à la hauteur de la vie, dira encore ce célèbre prédicateur.

Il y a maintenant environ 50 ans, Martin Luther King fit un rêve. Il vit également, en quelque sorte, un nouveau ciel et une nouvelle terre, où Dieu, présent avec les hommes, essuiera toute larme de leurs yeux et où il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. Un nouveau ciel et une nouvelle terre où, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité, dans une oasis de liberté et de justice. Telle était son espérance pour une vie toute en hauteur et toute en largeur. Ne serait-il pas enfin temps qu'aujourd'hui, tous ses rêves deviennent vraiment réalité ?
Amen !
Frédéric Orth Prédications Prédications 2013
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr