Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications



Jésus au-delà des frontières  Jean 4,1-42

Je ne sais pas pour vous, mais ce texte m'a donné soif.
Et c'est précisément cela qui est au centre de la demande de Jésus : "Donne-moi à boire."

Jésus a soif. Il est en chemin, en marche, de la Judée à la Galilée. Il est fatigué, il est midi, il fait chaud, il a soif.
Il est seul, ses disciples sont partis chercher à manger.
Il n'a rien, pas même un seau pour puiser de l'eau dans ce puit.
Dans ce désert de solitude, en plein midi, à l'heure où personne ne sort parce que la chaleur est insoutenable, Jésus est totalement dépendant des autres. Il ne peut y arriver, il ne peut survivre seul.

C'est là qu'entre en jeu cette Samaritaine, "la Samaritaine".
Jésus, sans préambule lui demande "Donne-moi à boire."
Une tactique d'approche pour briser la glace, une tactique d'approche qui vient briser toutes les barrières.
Et il faut dire que des barrières entre eux il y en a un certain nombre.

D'abord Jésus est juif et elle est samaritaine. La rencontre ne peut pas se faire. Malgré de nombreuses coutumes communes, les juifs considèrent les samaritains comme des païens.
Pourtant, les Samaritains se présentent comme gardiens de la Loi de Dieu. Ils ne gardent que les cinq premiers livres de la Torah comme textes bibliques. Ils essayent d'adorer Dieu de la manière la plus fidèle possible, en restant fidèles à leurs ancêtres. Leur lieu de culte n'est pas Jérusalem mais le mont Garizim.

Juifs et Samaritains ont la même origine, célèbrent le même Dieu. Mais l'histoire les a séparés et leur religion a évolué différemment.
Un juif religieux doit donc soigneusement éviter tout contact avec les "impurs".
Mais Jésus fait tomber la barrière de la religion.

Ensuite, Jésus et un homme et la Samaritaine est une femme. Nous, chrétiens du XXIème siècle pouvons se réfugier derrière la bannière de l'égalité homme/femme et pointer du doigt d'autres religions où hommes et femmes sont séparés. Mais il n'est pas si loin le temps où dans nos églises les femmes et les hommes étaient assignés à leurs côtés respectifs, il n'est pas si loin le temps des écoles de filles et écoles de garçon. Et doit-on rappeler qu'aujourd'hui encore, en marge des discours sur l'égalité homme/femme il y a des différences de salaires et des différences de traitement. Et que dire sur les catalogues de jouets. D'un côté il y a les poupées, les dînettes et les marchandes pour les filles et de l'autre les voitures, le jeu de chimiste et de construction pour les garçons. Chacun est assigné à sa place et malheur à vous si l'envie vous prend d'offrir une poupée à un garçon.

La réaction des disciples est parlante. Ils sont étonnés de voir leur maître seul avec une femme. Pensez-vous, quelle inconvenance !
Mais Jésus fait tomber la barrière de la différence sexuée.

Jésus vient la rejoindre. Elle pensait être coupée de tous.
Mais Jésus fait tomber la barrière sociale. Alors que Jésus fait tomber les frontières, nous passons notre temps à construire des murs et à mettre des étiquettes sur les autres.

Des murs entre les bons et les méchants, entre les justes et les impies, entre les catholiques et les protestants.
Des étiquettes de personnes politiquement correctes, des étiquettes de bon musulman modéré.
Ces derniers temps il faut dire que c'est sans doute cette étiquette-là qui a causé le plus de fracture.

Alors qu'on l'utilise pour éviter l'amalgame entre musulman et terroriste, elle devient contre-productive.
Pourquoi lorsque l'on parle des "musulmans", parle-t-on obligatoirement des citoyens français issus du Maghreb ?
En les qualifiants de "musulmans" on les singularise. Au nom de quoi donne-t-on une étiquette religieuse à plus de 5 millions de personnes ? Lorsque l'on parle des 60 millions d'autres français parle-t-on d'eux comme les "chrétiens" ? Comme quoi, mettre une étiquette sur l'autre, même quand cela part d'un bon sentiment, c'est l'enfermer dans un carcan sans marge de manoeuvre possible.

Tout cela me fait penser à un beau chant que catholiques et protestants ont en commun.
"Si tu dénoues les liens de servitude, si tu libères ton frère enchaîné, la nuit de ton chemin sera lumière de midi. Alors, de tes mains, pourra naître une source, la source qui fait vivre la terre de demain, la source qui fait vivre la terre de Dieu."

Et c'est précisément de lumière de midi dont il est question dans ce texte.
Midi, la sixième heure, l'heure à laquelle la samaritaine sort pour aller au puit, l'heure à laquelle Jésus attend.
Midi, l'heure où le soleil est à son zénith. L'heure où plus aucune ombre n'est possible. L'heure où le soleil vient tout éclairer.
Midi, l'heure où la Samaritaine apparaît devant celui qui est la lumière du monde.
Midi, l'heure de libérer l'autre de ses étiquettes et de ses prisons, midi, l'heure d'être libéré.

Alors, pourra naître une source, la source qui fait vivre la terre de demain, la source qui fait vivre la terre de Dieu.
"Donne-moi à boire", demande Jésus à la Samaritaine. Lui, Jésus, fils de Dieu a soif, soif d'eau mais aussi soif de l'Homme.
Jésus provoque le dialogue avec cette femme, il lui demande à boire. À nous aussi il nous demande à boire comme s'il avait soif de nous rencontrer.

L'eau, l'eau du puits, l'eau de la vie, l'eau du baptême. Le baptême, socle de notre unité. Les eaux provenant de différentes cruches versées lors de cette célébration nous rappellent que notre baptême, que nous soyons catholiques ou protestants est le méme : le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Au nom du Père : comme Dieu a conduit le peuple hébreu à travers la Mer Rouge, le menant de l'esclavage vers la liberté, ainsi veut-il nous libérer de nos peurs et de nos haines pour nous conduire vers une vie nouvelle.
Au nom du Fils : le Christ est mort pour nous. Et il est ressuscité pour que nous vivions dans la joie et la sérénité.
Au nom du Saint-Esprit : comme l'eau tombant sur le sol desséché donne naissance aux fruits, le Saint-Esprit rend possible et fait jaillir en l'homme cette vie nouvelle : au lieu du doute, il donne la foi, au lieu de la résignation, il donne l'espérance, au lieu de l'égoïsme, il donne la tendresse.

Chaque jour, notre baptême nous rappelle que nous dépendons de Dieu seul et qu'ensemble nous vivons de son amour. Nous croyons que cela est vrai pour nos enfants, même s'ils ne le savent pas encore. En effet, nous aimons Dieu parce qu'il nous a aimés le premier.

À nous tous de recevoir et de vivre notre baptême tout au long de notre vie, en laissant Dieu nous transformer et nous donner un avenir.
L'élément visible du baptême, c'est l'eau. L'eau évoque la vie, la fraîcheur, la pureté. Nous ne pouvons vivre sans eau. L'eau du baptême, comme l'eau nécessaire à la vie, désigne la vie que dieu nous donne et ne cesse de nous offrir. Dieu veut renouveler l'alliance qu'il a conclue avec son peuple, d'une génération à l'autre, jusqu'à nos jours.

Cependant l'eau menace, elle peut nous engloutir, elle est irrésistible comme la mort. Autrefois le baptisé était plongé dans l'eau comme s'il était noyé ; l'eau du baptême est toujours le signe d'une mort, mais cette mort est celle de Jésus-Christ, mort et ressuscité d'entre les morts ! Unis à lui par la foi, nous sommes appelés à renaître à une vie nouvelle. Tel est le mystère de notre salut !

Alors oui, ce texte m'a donné soif. À l'heure où depuis les attentats d'il y a quinze jours, les valeurs républicaines françaises semblent partagées par le plus grand nombre, à l'heure où près de 4 millions de personnes (dont 45 000 à Metz) ont eu le besoin de montrer leur unité, leur sentiment d'appartenance et leur besoin de lien, à l'heure où les instances religieuses ont plus que jamais marqué leur unité ce texte m'a donné soif de liberté, d'égalité et de fraternité.

Liberté de vivre sa foi telle que l'on l'entend, en respectant la tradition de chacun.
Égalité entre toutes et tous, à la manière de notre égalité devant Dieu qui nous aime chacune et chacun d'un même amour.
Fraternité, à l'image de nos relations œcuméniques ici, depuis plus de 30 ans.
Que notre soif de liberté, de justice et de fraternité soit abreuvée à la source d'eau vive.
À Dieu seul la gloire. Amen.
Jean-Sébastien Laurain Prédications
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