Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Méditation




Le don de l'Esprit et la possibilité de croire, Jean 20,19-29

Les récits de manifestation du Crucifié terminent trois des quatre évangiles : Matthieu, Luc et Jean ; Marc lui, clôt son évangile sur le tombeau vide. Ces récits sont extrêmement variés et même "incompatibles" entre eux. Par exemple chez Matthieu, Jésus ne se manifeste vivant qu'en Galilée alors que chez Luc il ne se manifeste vivant qu'à Jérusalem, et chez Jean aux deux endroits. Autre exemple, Jésus refuse que Marie-Madeleine le touche, alors qu'il demande à Thomas de le faire, etc. Ces incohérences ne posent pas problème si l'on considère ces récits, non pas comme des comptes-rendus historiques, mais comme des récits de témoignages où sont racontées les expériences vécues et ressenties par des personnes. Ce sont des récits de foi. En revanche ce qui est historiquement vrai, c'est la proclamation de la Résurrection.

Toutes ces narrations ont tout de même quatre points communs : Des croyants y sont impliqués même s'ils ont des difficultés à croire, la rencontre a lieu sur l'initiative de Jésus, il s'y pose la question de l'identification du Crucifié vivant, la rencontre comporte un envoi et une promesse de la part de Jésus.

On trouve bien ces quatre points dans notre texte.

Chez Jean, c'est la premiére apparition du Christ au milieu de ses disciples, le soir de Pâques et on note qu'à deux reprises, c'est Jésus qui rejoint les disciples, ce n'est pas eux qui se mettent en route vers lui. Ceci redit la précédence de Dieu.
Jean présente cette scène comme un récit de Pentecôte : Le fils envoie les disciples dans le monde en leur faisant don de l'Esprit qui les conduira et qui leur donnera les moyens de répondre à cet appel. On passe ainsi du temps où Jésus mettait lui-même la Bonne Nouvelle en œuvre, à un temps où les disciples sont envoyés pour porter eux-mêmes le message de salut. Jésus s'efface donc... Pour Jean, ce don de l'Esprit est l'accomplissement de la promesse que Jésus avait faite à ses disciples dans ses paroles d'adieu. Ce don permet à ceux qui le reçoivent, de remettre en route d'autres personnes (v.23).

L'histoire de Thomas est la prolongation logique de ce don de l'Esprit, car Thomas est le tout premier auprès duquel les disciples sont appelés à remplir leur mission nouvelle. Dans cette histoire, Thomas incarne tous ceux auxquels la lecture de l'évangile d'une part et la foi confessée par les plus anciens d'autre part, donneront la possibilité de croire.

La scène se passe dans la salle d'une maison, portes closes par peur des Juifs, selon la précision donnée par Jean. Ces portes closes rendent comptent de l'ambiance qui régnait à ce moment-là, et notamment de la division entre les Juifs à propos de Jésus. Il est fort probable que ces portes refermées entrent aussi en résonance avec ce que vivent les lecteurs de Jean qui connaissent les premières persécutions. Mais cette mention des portes closes va bien plus loin, elle parle aussi du paradoxe de la présence du Seigneur, présence réelle qui pourtant est mystérieuse, voire impossible.

Au moment où Jean écrit son évangile, l'Église a déjà pris de la distance avec le judaïsme et elle a pris l'habitude, dans un monde romain où il n'y a pas de jour férié particulier, de se réunir à huis clos le dimanche soir. Et donc la précision de Jean selon laquelle on est au premier jour de la semaine, nous permet d'affirmer que cette réunion des disciples a quelque chose à voir avec une assemblée dominicale et cultuelle. C'est souligné par la nature de la salutation de Jésus : "La paix soit avec vous", prononcé trois fois dans ce passage, et qui est d'ordre liturgique (cf nos propres liturgies qui commencent toujours par annoncer la paix de Dieu). L'apparition de Jésus ressuscité comporte donc bien une dimension communautaire. On note aussi que cette bénédiction où Jésus se donne à reconnaître, précède la présentation de ses mains et de son côté, ce sont donc les paroles de bénédiction qui sont premières, tout-à-fait essentielles.

Après que Jésus se soit fait reconnaître par ses disciples, a lieu leur envoi dans le monde. Ce thème de l'envoi missionnaire se retrouve chez Jean dans de nombreux passages avant la Passion. Annoncé dès le Prologue, le don selon Jean, c'est révèler au monde la joie et la paix qui résultent d'un changement de Seigneurie. Le don, c'est aussi ouvrir les autres à la présence du Père.

On peut entendre et décoder la promesse de Jésus à ses disciples à la lumière de Jean 17 : La communauté des croyants pourra attester la présence du Fils par la puissance de l'Esprit, et à travers le Fils, elle attestera la présence du Père dans le monde. Ceux qui accueilleront ce témoignage pourront vivre dans l'unité du Père et du Fils et renaître, tandis que ceux que ne l'accueillerons pas, resterons dans leur péché en ignorant l'amour qui leur est donné. Le péché n'est pas à entendre dans le sens de faute morale ; le péché, c'est refuser la révélation du don et de l'amour et c'est continuer à vivre dans une logique de mort.

Cette promesse du don est mise à l'épreuve dans notre texte avec l'épisode de Thomas. Thomas ne refuse pas de croire, il réclame seulement de voir d'abord, puisque lui-même n'a pas vu comme les autres disciples. Il est donc dans la même situation des "disciples de la seconde génération", c'est-à-dire la situation de ceux qui croient par l'intermédiaire du témoignage des autres. L'histoire de Thomas est là pour attester la possibilité qui existe, de rencontrer le Ressuscité, de le voir et de croire. Là encore, Jean adresse un message à sa communauté.

Deux questions nous sont posées par ce texte :
- La foi peut-elle se transmettre ?
- Que signifie "voir/rencontrer le Ressuscité" ?

On note que ce ne sont pas les disciples qui prennent la parole auprès de Thomas et qui argumentent pour le convaincre. Et par conséquent d'une certaine manière la foi de Thomas n'est pas remportée par les disciples, ce ne sont pas eux qui convertissent, pas eux qui sont à l'origine de la foi de Thomas : et cette dernière n'est pas le consentement de Thomas à une conviction partagée.

Ce texte ne nous dit-il pas que la foi en la Résurrection, c'est la confiance dans la présence du Fils ?

Quelques mots à propos du verset 23 : À qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.

Ces versets peuvent être mis en relation avec l'Évangile de Matthieu où Jésus s'adresse à Pierre pour lui dire :
Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. (Mt 16:19)
et au chapitre 18 où Jésus dit à ses disciples :
18:18 Amen, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

Chez Matthieu, c'est le pouvoir juridique de l'Église et de ses ministres qui est annoncé dans la promesse de Jésus faite à Pierre et aux apôtres : Le ciel confirmera les verdicts rendus sur terre. Chez Jean, il n'est pas question d'un pouvoir des disciples, mais de leur responsabilité spirituelle : parce qu'ils ont été les témoins de la résurrection, ils sont appelés à devenir les ambassadeurs, les messagers de la résurrection, en offrant à chacun-e la délivrance du péché, la délivrance des chaînes d'exclusion et de culpabilité. Autrement dit, être témoins du Christ, c'est être des relais de la liberté inouïe qui est offerte en Christ. L'offre de salut offerte à tous est transmise par notre témoignage.

Avec Matthieu et Jean, peut-être sommes-nous là en présence de deux conceptions profondément différentes quant à la mission de l'Église en matière de jugement et de pardon, en présence de la conception catholique et de la conception protestante.

Père, nous voudrions être tes instruments.
Nous n'avons rien à t'offrir que notre désir d'être des ouvriers dans ta moisson.
Mais puisque tu as choisi ce qui est faible en ce monde, ne veux-tu pas nous choisir, nous aussi, pour être tes serviteurs ?
Nous ne pouvons de nous-mêmes apporter ton message au monde.
Accorde-nous, nous t'en prions, de ne pas dire nos propres paroles, mais ta Parole, par laquelle les hommes et les femmes viennent à te connaître et à t'aimer.
Donne-nous le courage de confesser le nom de Jésus-Christ devant les hommes.
Aide-nous à prendre à cœur la situation de celles et ceux que nous côtoyons,
à agir comme des prochains vis-à-vis d'eux, à leur faire part de ce que tu nous as donné.
Nous ne demandons pas à voir les fruits de notre travail. Nous voudrions seulement savoir que tu te sers de nous pour ton œuvre de salut et que ton Royaume vient parmi nous.
Envoie-nous, Seigneur, comme des témoins de la bonne nouvelle de ton amour révélé en Jésus-Christ.
Amen.

Claudine Wendenbaum Prédications Prédications 2013
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