La croix huguenote
Ni porte-bonheur, ni objet pieux, ni objet de culte - parce que la sacralisation des objets n'a pas cours dans les Églises Réformées -, la croix huguenote est un signe qui affirme l'appartenance et l'adhésion à la foi protestante. Nommée ainsi depuis la fin du XIXe siècle et aussi appelée - bien plus rarement - "croix cévenole", elle est un signe de reconnaissance entre protestants de France, et plus particulièrement pour ceux issus du courant réformé. Franchissant les frontières, elle est retenue comme insigne par l'Église française de Londres, on la trouve aussi dans quelques temples hollandais où elle fut apportée par les émigrés français.
Au cours du temps, sa popularité fut variable : dès sa création son succès fut immédiat et l'abbé Antoine Valette de Travessac, curé de Bernis, relate le grand engouement populaire qui s'exprima pour cette parure pendant et après l'apparition des "prophètes" cévenols (prédicants laïques) ; puis pendant longtemps le port de ce bijou perdit un peu de sa signification dans la population réformée. Son renouveau date de 1910, lorsque deux expositions la remirent à l'honneur et que le Musée du Désert fut créé.
Fabriqué d'abord en métal, ce bijou peut être exécuté de nos jours en ivoire, bois, céramique, nacre, schiste... La croix huguenote peut apparaître sur toutes sortes de supports (broderies, peinture sur verre...), affichée en épinglettes, ornements de boutonnières, motifs de cravates, de foulards, de tee-shirts, en porte-clés...
Parmi les différentes sortes de croix, la croix huguenote semble avoir eu pour modèle premier la croix de Malte (insigne des chevaliers de Malte) ; il fallait se distancier le plus possible de la croix latine adoptée par les catholiques car pour les huguenots celle-ci correspondait à une adoration idolâtre du calvaire de Golgotha. Cet insigne de Malte très répandu dès le XIIe siècle dans le Languedoc et en Provence est composé de branches égales avec des échancrures triangulaires et dont l'ensemble s'inscrit dans un carré.
La croix huguenote aurait emprunté à la croix du Languedoc (croix de Malte dont les quatre branches ajourées sont allongées par des triangles qui forment des pointes de flèches) les boules ou perles qui en garnissent les pointes. En héraldique, on dit qu'elle est "boutonnée".
Elle présente aussi une très grande analogie avec la croix de L'ordre du Saint-Esprit, si bien que certains préfèrent penser qu'elle s'en inspire directement ; instituée par Henri III en 1578 et appelée ainsi pour rappeler qu'Henri III devint roi un jour de Pentecôte, la croix de cet ordre est en or, grande comme la paume de la main et suspendue à un ruban bleu, boutonnée, avec huit pointes émaillées blanc et vert et reliées entre elles par des fleurs de lis ; au centre de cette croix se trouvait une colombe rayonnante, et une devise. Bien entendu seuls les catholiques pouvaient aspirer à recevoir cette distinction qui disparut en 1830.
L'Ordre royal et militaire de Saint-Louis créé par Louis XIV en 1693 pour récompenser la valeur militaire des officiers et dont les non catholiques étaient exclus.
La croix du Mérite militaire sur fond rouge et au ruban bleu, créée par Louis XV en 1759 et qui était destinée à récompenser des officiers protestants servant dans les régiments étrangers. Ceux-ci ne pouvaient être français de nationalité mais seulement descendants de Huguenots, établis hors des frontières et servant le roi de France. Cette règle ne s'assouplit que beaucoup plus tard.
Dans la croix huguenote, les quatre motifs qui relient les branches entre elles sont des fleurs de lis stylisées rappelant celles qui figurent à la même place dans les ordres royaux de Saint-Michel, du Saint-Esprit, de Saint-Louis et dans le Mérite militaire. Pour sa part, Pierre Bourguet pense qu'il s'agirait plutôt de cœurs stylisés.
Quelle qu'ait été son origine, la croix huguenote exprima sans doute à l'époque de sa création, une sorte de défi ou de provocation face à l'ordre établi, visant à réparer l'ostracisme dont étaient victimes les huguenots : elle dérivait d'une décoration à la fois très officielle et très catholique -ce qui la rendait irréprochable- et en même temps elle permettait d'afficher sur soi une croix différente de la croix catholique abhorrée. Bien plus, à l'époque des persécutions, porter cette croix correspondait à une véritable profession de foi "puisque comme gage suprême de l'authenticité d'une abjuration, une Nouvelle Convertie devait fournir la preuve écrite qu'elle avait liquidé sa croix huguenote ". (P. Bourguet).
La croix huguenote possédait donc une signification à la fois politique et spirituelle.
La colombe a souvent été employée seule comme bijou, appelé alors Saint-Esprit - ou encore plus familièrement pigeon -. Ce Saint-Esprit existe sous des formes très diverses, tantôt représenté avec de nombreux détails réalistes (bec, plumes, ailes), tantôt suggéré en filigrane, parfois aussi rehaussé d'une ou de plusieurs pierres précieuses. Traditionnellement on attribue à ce bijou une origine auvergnate mais en fait on en découvrit un peu partout comme en témoignent de nombreuses gravures de l'époque.
Ce bijou se répandit très largement dans le Midi de la France, surtout dans les régions montagneuses plus pauvres.
Sur certaines croix anciennes une sorte de goutte figure à la place de la colombe, une boule de forme allongée et qui fut nommée, dans la région de Nîmes et ses environs, "trissou", c'est à dire en langue d'oc le petit pilon destiné à écraser une substance ou un aliment dans un mortier.
une larme ou une goutte de sang qui rappellerait les persécutions des protestants et l'affliction de l'Église Réformée ; cette interprétation est considérée comme une légende.
Les fleurs de lis expriment une certaine loyauté pour le roi à l'égard duquel les huguenots ont toujours manifesté leur fidélité.
Huguenot
L'étymologie du mot est incertaine et plusieurs hypothèses ont été émises à son propos. La plus raisonnable est celle qui le relie à l'allemand "Eidgenossen" qui dérive lui-même du genevois eyguenot et qui signifie "Confédérés : en 1519, les patriotes genevois s'allièrent avec la ville de Fribourg, puis plus tard avec celle de Berne, pour lutter contre les tentatives d'annexion du duc de Savoie ; ces alliés furent appelés "Eidgenossen". Le terme a d'abord été employé par dérision par les partisans du duc ; puis quand la religion réformée pénétra dans la ville vers 1532, ce furent les adeptes qui reçurent cette appellation modifiée en "huguenots", et dont l'orthographe pourrait bien avoir été influencée par le patronyme de Hugues Besançon (un des premiers chefs protestants suisses).
Pour la petite histoire : Il n'y a pas si longtemps que cela, et tous les Français domiciliés en Allemagne en ont fait l'expérience, le simple fait de porter un nom à consonance française provoquait imanquablement cette question : "Etes-vous un descendant des Huguenots?" Cette interrogation passée dans le langage courant prouve que l'émigration française vers l'Allemagne au lendemain de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685 fait bel et bien partie intégrante du patrimoine historique des Allemands.
L'encyclopédie catholique signale que le mot pourrait aussi provenir de la vieille Tour "Hugon", construite en 876, et qui constitua un lieu très important de rassemblement pour les réformés de la région.
C'est en 1546, peut-être en Touraine, qu'on trouve pour la première fois la trace de l'utilisation du mot pour désigner les protestants de France. Par la suite, ce nom fut appliqué à tous les calvinistes, puis aux protestants en général.
Parpaillots
Ce nom donné aux calvinistes est peut-être issu de parpaillon qui signifie papillon ; il se retrouve sous la forme parpaillo dans les parlers occitans, parpaglione en Italie du Nord et parpaya en Lombardie.
Le lien entre le protestant et le papillon semblerait être lié au port de la robe blanche (notamment au Siège de Clairac en 1621).
Prévost d'Exiles dans son Manuel ou dictionnaire portatif écrit en 1755 : "Parpaillots, nom injurieux que les catholiques de France ont donné aux protestants. L'origine en est obscure. Quelques uns prétendent qu'il vient de certaines chemises, nommées parpailloles en Gascogne, qu'ils mirent dans une sortie pendant le siège de Clérac ; comme le nom de Camisards leur a été donné pour la même raison dans un autre siège."
Autre explication avancée par Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française : en courant au danger sans crainte et même au devant de la mort, les parpaillots sont comme des papillons qui volent se brûler à la chandelle...
Autre hypothèse encore, ce sobriquet donné aux protestants viendrait d'une monnaie dont les protestants se seraient servis au XVI ème siècle.
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