Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Culte, prédication et sacrements

Michel Ange : La Création d Adam
Le culte




Le culte correspond à tout moment où la parole de Dieu retentit et touche des hommes et des femmes, quel qu'en soit le cadre. Pour les protestants réformés que nous sommes, c'est avant toute chose un rendez-vous que Dieu nous donne afin de nous rejoindre, un acte de Dieu qui fait mouvement vers nous, une initiative de Dieu. Dans le protestantisme donc, le culte n'est pas compris comme un acte obligatoire pour l'humain ou comme une œuvre méritoire : nous allons au culte parce que nous y sommes conviés.

Le culte agit sur celui qui y participe. Il le dispose psychologiquement et spirituellement à l'ouverture de Dieu, à le rendre toujours plus réceptif. Par le rappel régulier, ritualisé, que tout est déjà offert, le culte entend dessaisir celui qui participe de tout labeur, de tout souci de maîtrise. Ce qui compte alors le plus pour lui est de se rendre disponible et d'être à l'écoute. (...) En s'agençant comme un espace d'écoute et de réceptivité, le culte offre à la grâce la possibilité de nous saisir à nouveau. Ce qui toujours précède et autorise le culte ressurgit alors de l'intérieur du culte pour permettre à chacun de faire l'expérience de Dieu, de se sentir touché par une parole plus souveraine, par une réalité plus ultime, plus essentielle.
Raphaël Picon et Laurent Gagnebin, la foi insoumise

Le culte est aussi ce lieu de partage et de rencontre où la communauté prend corps et devient visible.

Selon les Réformés, au centre du culte se trouve la parole que Dieu adresse aux humains, et cette parole se fait entendre avant tout dans la prédication. Cette dernière reste l'acte central et essentiel du culte. Les sacrements (sainte cène et baptême) ne viennent qu'en second lieu car Jésus a institué ces derniers pour des raisons pédagogiques, afin de nous aider à mieux saisir l'Évangile annoncé dans la prédication. Calvin disait des sacrements qu'ils sont comme des béquilles qui aident à se déplacer et qui n'ont de valeur que parce qu'elles soutiennent la marche : "Un sacrement est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour soutenir la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu." Institution Chrétienne Livre IV & 14, 1.
André Gounelle quant à lui souligne également le caractère secondaire et accessoire des sacrements par rapport à la prédication lorsqu'il affirme que "la Réforme a voulu remplacer une foi centrée sur les rites, par une foi centrée sur l'écoute de l'Évangile." Ce principe s'inscrit dans la disposition même de nombreux lieux de culte réformé : alors que la table de communion a une place bien marquée et non dominante, la chaire, lieu de la prédication, est placée en hauteur pour indiquer que l'essentiel du culte réside dans la prédication.

La prédication

C'est "toute annonce et toute explication de l'Évangile par le moyen de la parole" (André Gounelle). Christ est considéré comme étant vraiment présent dans la prédication de la parole de Dieu. Il ne s'agit pas seulement du sermon du dimanche matin, mais aussi des études bibliques, des catéchismes, visites, discussions de groupes, etc. La prédication enseigne un savoir au sujet des Écritures et nourrit notre réflexion ; elle interpelle pour que la parole de Dieu nous touche en profondeur ; elle actualise le message de l'Évangile afin de relier le texte biblique avec nos existences actuelles.
Comme le protestantisme lui a toujours accordé une importance capitale, la Réforme a mis l'accent sur la formation intellectuelle et théologique des pasteurs. La robe noire que ceux-ci portent est en ce sens un habit universitaire qui atteste de leurs études et de leurs compétences théologiques. Elle n'est pas un vêtement liturgique, ni un habit cencé donner de la solennité au culte, ni un signe distinctif de séparation entre pasteurs et laïcs.

La prédication, en tant qu'invitation est accompagnée de deux signes : le baptême et la cène.

Dans les sacrements, la Parole a vocation de prendre chair :
  • Par le baptême, une parole d'adoption nous est dite qui s'incarne.
  • Par la cène, le Christ convoque à chaque fois à nouveau son Église et se donne en communion à chacun de ses membres.
Baptême et cène sont des initiatives du Christ qui se lie à nous et s'engage.

La cène

Eric de Saussure : la cènetableau pain et vin La Sainte cène ("cène" vient du latin cena, repas) fait mémoire du dernier repas que Jésus a partagé avec ses disciples avant d'être exécuté (Marc 14/22-25). Elle rappelle que la vie du Christ est donnée pour la multitude. Elle comporte un important aspect communautaire puisqu'en Christ c'est un partage entre frères et sœurs. Les Réformés pensent qu'elle n'est pas un sacrifice que l'humain offrirait à Dieu, (c'est plutôt Dieu qui offre quelque chose) ni la reproduction du sacrifice de Jésus sur la croix (Christ s'est donné une fois pour toute !). C'est un repas auquel le Seigneur lui-même nous convie et s'offre à nous. La Sainte cène n'a pas vocation à opérer de réconciliation avec Dieu ni à effacer magiquement nos péchés, elle ne possède donc aucune dimension salvatrice. Elle n'est pas non plus sacralisée, c'est pourquoi on distribue plutôt du pain courant et du vin ordinaire. Ce pain et ce vin de la cène restent du pain et du vin, ils traduisent, signifient la présence du Christ.

Le baptême

Un baptême protestant Le mot baptême vient du grec, langue parlée tout autour de la Méditerranée à l'époque où vivait Jésus. Il évoque l'action de plonger. Ainsi être baptisé c'est être plongé dans l'eau. Les quelques gouttes d'eau versées sur la tête sur la personne baptisée rappellent cet acte qui évoque, symbolise la mort et la naissance à une vie nouvelle à laquelle nous sommes appelés.

Le baptême est le "oui" que Dieu prononce sur une vie, avant même que le baptisé ne soit en mesure de répondre "oui" ou "non". Mais quelle que soit sa réponse future, et elle demeurera libre, sa vie reste marquée par le "oui" de Dieu , par cette promesse anticipée que le Père a prononcée sur nous.Ansaldi

Le baptême est le signe visible que Dieu nous a aimé le premier, de façon inconditionnelle en dehors de tout mérite. Il ne donne pas la grâce, il proclame que la grâce est déjà offerte... Ainsi une personne non baptisée n'en sera pas moins aimée de Dieu.

Dans notre paroisse, le pasteur prépare toujours ce temps avec les parents, lors d'un entretien préalable. Les baptêmes ont lieu durant le culte du dimanche matin ; un peu d'eau est alors déposée sur la tête du baptisé et une parole de bénédiction accompagne ce geste. Ce sont les parents qui demandent pour leur enfant le signe du baptême, ils s'engagent aussi à faire découvrir à leur enfant l'amour de Dieu et l'Évangile. Le baptême possède aussi une signification communautaire car la communauté en est le témoin. Elle reçoit, accueille le baptisé et s'engage à l'aider dans son cheminement vers Dieu.
Le baptême réformé a ceci de spécifique qu'il ne fait pas pénétrer dans l'Église, il témoigne simplement de quelque chose qui s'est passé avant son administration.

Comment se déroule un culte réformé ?

Les différents moments du culte s'enchaînent et s'articulent selon un ordre particulier qui se place dans une tradition (nous sommes alors reliés à un passé) et qui nous unit à un ensemble, l'Église Universelle. Ils sont aussi en résonance avec le présent et avec le monde actuel, avec les femmes et les hommes de notre époque qui sont témoins contemporains de l'Évangile.

La liturgie correspond à l'ensemble du culte. Elle a un sens, une harmonie, une cohérence, une unité : À travers un déroulement qui prend tout son sens dans la dynamique du salut, nous y vivons et y racontons communautairement ce que Dieu a fait et continue à faire pour nous. Cette liturgie se déroule sur le modèle d'une sorte de dialogue faisant alterner des paroles adressées par Dieu (Loi, annonce du pardon...) et des paroles de réponse venant des hommes (prières, confessionn de foi, répons chantés...).
  • En ouverture, les paroles d'accueil et de grâce sont prononcées au nom de Dieu, principal sujet du culte qui nous convoque et vient lui-même à nous. Le culte est ainsi placé tout entier sous le signe de sa grâce, don absolu et gratuit qui fonde et justifie ce culte ; cette proclamation initiale donne dès le début "un caractère hautement positif où l'accueil, la générosité, le pardon et la joie jouent un rôle de tout premier plan" (Laurent Gagnebin)

  • L'invocation est une manière de s'ouvrir entièrement à la présence de Dieu.

  • La louange de Dieu s'exprime par la lecture et par le chant d'un psaume biblique (dont le choix est fixé par le plan de lecture biblique en cours). Dans la tradition réformée, les Psaumes revêtent une grande importance.

  • La lecture de la Loi s'inscrit dans le cadre élargi de l'adoration, c'est pourquoi elle peut être annoncée par ces paroles : "Écoutons comment Dieu veut être servi". (servir, c'est adorer)
    La Loi nous recentre sur Dieu et sur la libération première, et non pas sur l'homme et ses devoirs. En lui montrant le regard que Dieu pose sur lui, elle enseigne à l'être humain qu'il ne saurait vivre de ses propres forces ou de sa propre justification. Placée au service du projet de Dieu qui se dévoile comme grâce et amour et qui appelle le croyant à une relation de dialogue, la Loi permet une prise de conscience et une formulation personnelle du péché. La loi comme balise, dit Laurent Gagnebin, "nous préserve de tout illuminisme, nous redit nos limites et notre finitude, nous rappelle selon la doctrine et la formule de Luther que je suis toujours simul justus et simul peccator (à la fois juste et pêcheur)".

  • La prière de repentance : cet acte communautaire est bien plus que le simple aveu de nos mauvaises actions, aveu qui risquerait de nous centrer sur nous-même plus que sur l'amour de Dieu. Il n'est pas non plus une tentative d'auto-justification devant Dieu qui nous pardonnerait à cause de notre repentance. Dans cette prière d'humilité nous reconnaissons en présence de Dieu et des hommes, notre état de pécheur "de toute façon et quoique nous fassions" ; il s'agit là d'une reconnaissance de ce que nous sommes en profondeur. Dans le même mouvement, nous affirmons ne placer notre confiance que dans la seule grâce de Dieu qui est toujours première, annoncée avant toute autre chose, et ceci dès le début du culte. Ainsi c'est plutôt face à l'amour de Dieu que face à la Loi que nous pouvons découvrir notre péché : "La bonté de Dieu te pousse à la repentance" dit l'apôtre Paul (Romains 2/4). Et nous sommes alors placés sous le plus inattendu des jugements, celui de la grâce divine.

  • L'annonce du pardon affirme que le salut nous est acquis une fois pour toute en Christ sur la croix, sans condition. Cela va beaucoup plus loin que " la simple excuse de nos bêtises " : nous avons la certitude que Dieu, conformément à ses promesses, nous rend justes et nous libère définitivement du péché et de tout souci de soi, afin que nous puissions vivre en nouveauté de vie. Ce pardon n'appartient qu'à Dieu, il n'est pas donné en raison de notre obéissance à la Loi, il est offert, pour rien : "C'est par la grâce en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n'y êtes pour rien ; c'est le don de Dieu" (Eph 2/8).

  • Par la confession de foi, assurés du pardon gratuit de Dieu en Jésus-Christ et aidés du Saint Esprit, nous pouvons dire communautairement notre foi, notre confiance en Dieu.
    " La confession de foi n'est nullement réductible à un rappel doctrinal. Elle a une parenté avec la prière de louange, mais elle est davantage tournée vers l'avenir ; c'est une parole d'engagement. À la fois communautaire et éminemment personnelle, elle traverse le temps depuis la foi des pères, que l'on redit comme héritage sans forcément adhérer à toutes les formulations, jusqu'à notre foi présente, toujours en quête d'elle-même. Car la parole sous-jacente à toute confession de foi n'est-elle pas : "Je crois Seigneur, mais viens au secours de mon incrédulité" ? Pasteure Florence Taubmann

  • La prière d'illumination demande à Dieu de nous accorder son Esprit pour nous faire écouter et comprendre sa parole à travers des mots si évidemment humains. Elle nous dit que la lecture de la Bible et la prédication ne sont ce qu'ils sont que par la grâce entièrement libre de Dieu.

  • Le culte se poursuit par la lecture des Écritures.

  • Chant de l'assemblée

  • La prédication correspond à une écoute de la prole de Dieu, un enseignement d'ordre catéchétique, une proclamation évangélique et une interpellation d'ordre existentiel. Elle fait retentir de façon pertinente la Bonne Nouvelle, parole neuve, inédite et créatrice. Elle permet à chacune et à chacun d'être saisi par la grâce et de rompre avec ses habitudes de pensées.

  • Temps d'écoute musicale

  • Partage d'informations en ouverture avec le monde extérieur.

  • Chant de l'assemblée

  • Pour certains dimanches, célébration de la Cène où toutes et tous sont invités.

  • Le culte se poursuit par la prière d'intercession et le Notre Père : dans un mouvement d'écoute et d'ouverture espérante vers le monde, nous présentons à Dieu nos préoccupations et nos inquiétudes pour les autres et lui demandons de nous aider pour agir dans ce monde. Il s'agit d'un "prier avec".

  • L'envoi final (ou exhortation) nous invite à aller dans le monde pour y vivre notre foi et en témoigner, signifiant ainsi qu'il existe une continuité entre l'Église et la société.
    "Ne te rétrécis pas, mais élargis l'espace de ta vie.
    Ne t'enferme pas, mais ouvre les toiles de ta tente.
    Ne t'habitue pas mais lance des cordages vers l'infini.
    Ne te satisfais pas, mais cultive les brûlures de l'attente."
    Antoine Nouis

  • La bénédiction donne à chacune et à chacun l'assurance que l'amour de Dieu l'accompagnera sur ses chemins. Elle redit la grâce première. "Cette bénédiction où le pasteur étend les mains s'étend ainsi à tous les hommes comme signe de l'amour illimité et sans frontière de Dieu" ( Laurent Gagnebin)

  • L'offrande à la sortie du temple manifeste l'engagement des fidèles dans la diaconie et le service humain. Elle donne au culte sa dimension concrète et sociale. Cette offrande a parfois lieu durant le culte, juste avant la prière d'intercession. Véritable acte du culte, c'est alors une manière de relier très intimement souci de l'autre, service divin et service humain.
"La liturgie ne peut pas se contenter de répéter des formules : elle doit aller chercher l'auditeur, c'est à dire l'homme, tout homme, l'athée pratique comme le fidèle, et lui faire parcourir le cheminement du contre-jeu que Dieu introduit dans le monde, par sa révélation en Jésus Christ." Dubied Pierre-Luigi. L'athéisme : une maladie spirituelle ?

Références bibliographiques des auteurs cités

  • Jean Ansaldi Dire la foi aujourd'hui ( petit traité de la vie chrétienne). Editions du Moulin, 1999
  • Laurent Gagnebin et Raphaël Picon Le Protestantisme ; La foi insoumise. Flammarion, 2005, 232 p.
  • André Gounelle Les grands principes du protestantisme. Les Bergers et les Mages, 2004, 64 p.
  • André Gounelle Penser la foi ; Pour un libéralisme évangélique. Van Dieren, 2006, 154 p.
  • Laurent Gagnebin Le culte à chœur ouvert. Les bergers et les Mages, 1992, 174 p.
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