Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Méditation




L'interdit alimentaire du sang Lévitique 17,1-16

Le sang est évoqué dès les débuts de l'histoire biblique avec le meurtre d'Abel et il est l'objet d'un interdit alimentaire dès la Genèse, au moment de la 1ère alliance avec Noé et avec toute l'humanité (Gn 9 : Tout ce qui fourmille et qui vit vous servira de nourriture : comme les végétaux, je vous donne tout cela. Seulement, vous ne mangerez pas de chair avec sa vie, c'est-à-dire avec son sang). Tout au long de l'Ancien testament, cet interdit alimentaire, le tabou alimentaire par excellence, sera énoncé maintes et maintes fois et motivé de diverses manières. Dans les Écritures, le sang est associé à un symbolisme très riche, en lien avec la vie et la mort, le sacré et le profane, le pur et l'impur. Il intervient dans le maintien des relations de Dieu avec son peuple. Plus tard avec la nouvelle alliance bien sûr, on parlera du sang versé de Jésus Christ, sang de la rédemption.

Dans la bible hébraïque, le terme hébreu utilisé pour désigner le sang, c'est dam, qu'on trouve sous des formes très proches dans toutes les langues sémitiques. Son étymologie est mal connue. Les jeux de mots sont fréquents entre ce terme dam et les mots qui signifient homme (adam) et terre (adama). Mais le mot ne désigne jamais la parenté (être du même sang = chez les hébreux, os de mes os, chair de ma chair). Dans le Nouveau Testament, c'est le terme grec haima ayant donné "hématome", qui est traduit par "sang". Par une évolution du langage, dans le grec comme dans l'hébreu du monde juif, le sang sera associé à la chair dans certaines expressions qui désignent alors l'humain dans ce qu'il a de limité, de fragile, de périssable.

Ce chapitre 17 du Lévitique (= livre "des directives de Yahvé") fait le lien entre ce qui le précède et ce qui le suit : il conclut les 16 premiers chapitres qui sont plutôt consacrés au culte sacrificiel et aux questions de pureté, et il introduit les chapitres suivants qui eux traitent plus particulièrement de la sainteté dans la vie quotidienne des Israélites (à partir du chap 18, on trouve ce qu'on a appelé le Code de la Sainteté). Autre virage : alors que dans les 16 premiers chapitres Dieu s'adressait surtout aux prêtres, dans ce chapitre 17 il s'adresse à tout le peuple Israël : Parle à Aaron, à ses fils et à tous les Israélites (v.2). À noter que la désignation hébraïque utilisée ici pour désigner tout le peuple, n'est employée que très rarement dans le Lévitique. On relève aussi que les directives de ce chapitre se rattachent à celles de Lévitique 7, elles les reprennent, les prolongent, les précisent.

Elles sont révélées comme une loi perpétuelle (ça c'est nouveau), et présentées selon un même schéma :
- données expressément comme un ordre de Yahvé (v. 2 "ordonne" = un terme très fort rarement employé)
- introduites par une expression qui précise les personnes à qui s'adresse la loi (Si un homme parmi les Israélites ou parmi les immigrés qui séjournent au milieu d'eux...)
- puis suivies par la description d'une situation
- et enfin, elles se terminent par la sanction en cas de transgression, ou par des instructions complémentaires.

La toute première directive concerne le lieu des sacrifices et institue un monopole des sacrifices rendus à Yahvé dans un lieu unique, à l'entrée de la tente de la Rencontre. La tente de la Rencontre était le sanctuaire itinérant situé à l'extérieur du campement et qui accompagnait le peuple dans ses déplacements, lieu privilégié donc pour entrer en relation avec Yahvé. L'abattage de la bête offerte en sacrifice et la présentation de l'animal devaient désormais être faits au sanctuaire devant l'ouverture de la Tente, en présence des prêtres qui étaient garants du bon déroulement des choses. Cette prescription vise à combattre l'habitude païenne d'offrir des sacrifices aux idoles. Ainsi, les hommes ne peuvent disposer de la viande des animaux que pour le sacrifice, la nourriture ou le remède. L'abattage, lorsqu'il sort de ces trois démarches de vie, est considéré comme un meurtre impliquant une effusion illicite de sang.

Les différents interdits de Lévitique 17 s'énoncent tous autour de deux questions qui sont étroitement liées : l'usage du sang et la consommation de la viande. Tout animal dont la consommation est autorisée, peut servir de nourriture (que ce soit une pièce de bétail, une bête tuée à la chasse, un animal offert en sacrifice ou mort de mort naturelle). Mais son sang ne doit être consommé en aucun cas. Cette prescription qui concerne le sang est à la base de la pratique encore actuelle des juifs qui ne consomment que de la nourriture cacher (= valable : la chair animale doit être saignée rituellement d'une manière qui respecte les exigences de la Loi.

Cet interdit alimentaire est motivé par trois choses :

1
Le caractère sacré du sang : (à l'époque, ce n'est pas une exclusivité de la religion juive  : Il y a un lien entre le principe de vie qui anime le corps, et le sang. Le sang c'est donc la vie, or la vie n'appartient qu'à Dieu et nul autre que lui ne peut en disposer. Ce caractère sacré du sang justifie également ses divers usages cultuels. Par exemple, l'alliance entre Yahvé et son peuple sera scellée par un rite sanglant où le sang des victimes est jeté pour moitié sur l'autel, qui représente Yahvé, et jeté pour l'autre moitié jetée sur le peuple. Ce rituel marque l'indissolubilité du lien entre Dieu et son peuple (// rituels ado d'échange de sang).

2
L'interdit alimentaire vise à empêcher tout sacrifice de bétail aux démons. Ils n'offriront plus leurs sacrifices aux boucs avec lesquels ils se prostituent : il s'agit ici des idoles, démons ou esprits malfaisants censés hanter certains lieux. Et on sait combien Yahvé, dans sa démarche de délivrance des humains, a combattu toute forme d'idolâtrie. Le commandement divin conduit donc le peuple de Dieu à échanger des pratiques païennes et idolâtres, pour des pratiques qui vénèrent Dieu (encore du grain à moudre pour nous aujourd'hui ... On n'offre plus de sacrifice. Mais nous risquons toujours de vénérer Dieu et sa Parole d'une manière idolâtre...)

3
Il ne faut pas manger de sang à cause de la fonction vitale que Yahvé assigne au sang, qui est de servir au pardon.

Ce interdit touche donc à des choses essentielles pour le peuple et pour ses relations avec son Dieu, d'où la gravité extrême de la faute en cas de transgression, et d'où une sanction qui semble si sévère (retranché du peuple + Dieu se détourne)

Le verset 11 constitue le point culminant du texte : Car la vie de la chair est dans le sang. C'est moi qui l'ai placé pour vous sur l'autel, afin de faire l'expiation sur vous, car c'est le sang qui, par la vie, fait l'expiation. Les commentateurs divergent dans le rôle joué par le sang dans le sacrifice et ce verset a joué un rôle fondamental dans les différentes conceptions du sacrifice. Pour les uns, l'animal sacrifié prend la place du coupable alors que la victime sacrifiée n'est pas coupable (cela explique pourquoi la victime doit souvent être sans défaut). Pour d'autres, l'essentiel est dans la mise en contact du sang avec l'autel car le sang dont le prêtre asperge l'autel symbolise la vie de l'animal, et la vie de la personne qui offre le sacrifice. L'aspersion permet de rétablir le contact Dieu-homme qui avait été rompu par le péché.

L'interdiction de manger du sang est-elle encore actuelle ? Certains chrétiens le pensent, alors que d'autres pensent que cette défense était provisoire, comme d'ailleurs bien d'autres prescriptions du Lévitique. L'interdiction du sang persistera un certain temps aux origines chrétiennes, afin de ne pas de choquer et troubler les Juifs très attachés encore à la loi de Moïse. Et puis, cela facilitait la communauté de table. Paul déclarait qu'on était libre de manger des viandes sacrifiées aux idoles, ainsi que de tout ce qui se vend au marché, parce qu'il ne faut pas scandaliser son frère et que l'essentiel c'est de tout recevoir avec reconnaissance. Plus tard, les apôtres s'attacheront à montrer le caractère unique et suffisant du sang de Christ.

Je ne sais pas si les sacrifices dont il est question dans l'Ancien testament préfigurent celui du Christ, mais on y retrouve en tout cas les mêmes thèmes : Le sang du Christ fait propitiation (action de rendre propice) pour l'âme, il purifie du péché, il rachète, justifie, réconcilie, donne la paix, scelle la nouvelle alliance (// dans l'Ancien testament, le sang scellait des alliances). Un développement particulier apparaît dans le rituel de la Cène où le sang du Christ est représenté par la coupe de vin partagée.

Mais le sacrifice de Jésus a ceci de singulier qu'il a eu lieu une fois pour toute, et pour toute l'humanité.

On peut ajouter que tous les tabous alimentaires liés au sang, à la vie, à la mort, jouent un rôle social et culturel permettant notamment la construction d'une identité de groupe et la régulation des relations au sein du groupe, permettant aussi le traçage des frontières entre les hommes. Ils ont un rôle religieux car ils permettent de distinguer le pur et l'impur (cf système des castes en Inde ; dans le Japon moderne les Burakumin sont encore discriminés car ils descendent de la caste qui avait le monopole des métiers liés à la mort des animaux)

Or durant tout son ministère, Jésus fait basculer cette compréhension des choses : "Ce qui sort de la bouche de l'homme vient du cœur, et c'est cela qui rend l'homme impur" (Marc) = l'impureté n'est plus quelque chose d'extérieur à nous, ni une maladie qui s'attrape, mais elle provient de l'intérieur de nous. La frontière de la pureté et de l'impureté ne passe pas entre nous et les autres, mais au sein de chacun de nous. Nous avons tous du pur et de l'impur au fond de nous-mêmes. Cela veut dire qu'aucun être humain n'est intouchable, détestable ou infréquentable à cause de son appartenance à un groupe, quel qu'il soit (ethnie, statut social, handicap, religion ; orientation sexuelle ?).

Le Lévitique, un peu rébarbatif à lire, pose pourtant des questions qui sont encore d'actualité : comment être le plus juste possible dans sa relation à Dieu, aux autres, à soi, à la terre ?

Claudine Wendenbaum Prédications Prédications 2013
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