Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




L'inspiration du Souffle   Jean 16,5-15

Nous voici avec l'évangéliste Jean, dans la longue série des discours où Jésus qui s'en va vers la croix, fait ses adieux et prépare ses disciples aux événements qui vont suivre. Il leur transmet ses recommandations et c'est comme un testament spirituel. Les disciples sont désemparés devant le temps nouveau qui s'annonce, devant ce temps de l'absence. Eux qui ont vécu tellement de choses avec ce Maître de la Vie, eux qui l'ont suivi de manière si intense et avec tant de confiance, comment vont-ils pouvoir vivre sans lui ?

Comment lui rester fidèle et être les témoins d'un christ invisible ? Qu'en sera-t-il de leur vie et de leur espérance ? Alors ils se taisent, comme si la communication avec Jésus, était déjà coupée. C'est là le signe d'un grand désarroi et d'une grande peur devant la perspective décourageante d'un monde sans guide visible ! En donnant aux événements un éclairage nouveau, Jésus va chercher à les rassurer, les réconforter et leur ouvrir des pistes prometteuses pour l'à-venir.

Rédigé plusieurs années après la Passion, ce passage ne rapporte sans doute pas exactement les paroles prononcée alors par Jésus, et vraisemblablement, il cherche à répondre à la problématique de la continuité. En effet quand Jean écrit son Évangile, il s'adresse à des chrétiens qui n'ont pas connu directement Jésus et donc, une question cruciale s'impose aux dirigeants des premières communautés chrétiennes : comment la révélation transmise par le Seigneur va-t-elle pouvoir se poursuivre, se déployer, s'incarner même dans la vie des gens ? Comment le témoignage indirect pourra-t-il opérer ? Il s'agit de mettre en place la vie croyante, pour le temps de l'absence de Jésus. Là derrière, se profile toute la question de la fidélité du christianisme, au message fondateur du Christ.

Vous voyez que comme souvent dans l'Évangile de Jean, deux temps s'entremêlent : il y a l'époque de Jésus, avec les événements du temps de Jésus, et ici l'indicible tristesse des disciples devant la perspective de l'adieu. Et puis il y a, en filigrane, l'époque à laquelle Jean rédige son texte, la fin du 1e siècle, une époque où l'Église connaît elle aussi ses propres découragements. C'est une Église déjà bien installée qui est en proie aux persécutions, et sans doute aussi en proie à de fortes interrogations, à des doutes, des angoisses. Elle a besoin d'être soutenue et encouragée.

C'est aussi une Église où existe de l'hérésie, comme il en existe dans toutes les Églises d'ailleurs ! Elle est influencée par des courants philosophiques très divers. Certains de ces mouvements par exemple, affirment que Jésus n'est pas le visage de Dieu pour le monde, mais qu'il est une créature humaine et simplement exemplaire. Jean se bat contre cette dérive parce qu'elle menace le centre même de l'Évangile ; elle remet en cause la théologie du salut, et la conviction que le salut a été accompli une fois pour toute, par Dieu, en Jésus le Christ. Cette dérive laisse croire à tort que le monde a encore besoin d'un Sauveur.

Plus tard, les conciles de Nicée et de Constantinople au 4e siècle, chercheront eux aussi, à écarter les compréhensions non pertinentes de Dieu, en particulier les positions hellénistes imprégnées de philosophie grecque, qui insistaient trop sur la transcendance parfaite de Dieu ; ou bien aussi, les théologies rationalisantes, qui niaient la divinité du Christ.

C'est ainsi qu'est née, dans cette toute jeune Église, la doctrine de la Trinité qui visait à exprimer une compréhension cohérente de Dieu. Avec cette doctrine, les conciles cherchèrent à affirmer que Dieu est Un, il n'y a pas trois dieux, il est Un, et cependant il se donne à connaître comme Père, Fils et Esprit. Il n'y a donc pas un Dieu monolithique, sans dialogue interne et sans vie.

Les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit n'ont d'ailleurs jamais cessé d'agiter les Églises, tout au long de leur histoire. Et cela n'est pas étonnant parce que Dieu échappe à nos catégories de pensée, Il est au-delà de nos définitions, au-dessus de tout raisonnement humain. Il se fait connaître, rencontrer oui bien sûr, mais il ne se laisse pas pour autant enfermer dans des réponses rapides et toutes faites, il demeure aussi un mystère inépuisable.

Notre texte du jour ne donne bien évidemment pas d'explication ordonnée sur la Trinité. Il propose cependant un éclairage précieux sur la manière dont s'articulent les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit. Et surtout, pour en revenir à notre question du début, notre question sur l'absence du Maître et sur la manière de poursuivre, il offre avec la figure du paraclet, une réponse originale, qui est spécifique à Jean, une réponse qui dit comment Jésus restera présent parmi les siens. C'est le paraclet qui viendra relayer cette présence de Jésus.

Encore aujourd'hui, les linguistes et les exégètes ne savent pas très bien d'où vient ce nom paraclet, ni comment le traduire. Chouraqui le traduit par "le Réconfort", la Nouvelle Bible Segond parle du Défenseur, tandis que la version de La Colombe évoque le Consolateur. Effectivement, le terme d'origine Paraclètos, évoque tout cela, l'aide, l'intercesseur, l'avocat, le consolateur, celui qui se tient aux côtés d'un autre, pour l'appuyer, pour l'assister, comme dans un procès. Souvent, Jésus a tenu ce rôle de défenseur auprès des exclus et des petits qu'il a réintégrédans la communauté des hommes, par l'autorité de sa parole.

Il est avantageux pour vous que, moi, je m'en aille ; car si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous.

Elles sont surprenantes ces paroles de Jésus, qui passent par-dessus la tristesse des disciples, pour affirmer que sans la mort de Jésus, ce relais de la présence ne serait pas possible. Le départ du Christ est présenté ici de façon presque provocante, comme un avantage pour les humains, et on a l'impression que l'Esprit, le Souffle, ne sera présent que si Jésus est absent. En tout cas, il ne s'agit pas d'un abandon, de la part de Jésus. Et la fin d'une époque n'est pas la fin de l'Évangile.

C'est comme si la mort du Christ n'était pas un échec, comme si le vide et le manque étaient nécessaires et profitables pour accéder à la pleine vérité, pour s'ouvrir à d'autres possibilités inédites. Il ne faut pas confondre absence et anéantissement. Peut-être avec cette absence, s'agit-il aussi pour nous d'apprendre, de comprendre, que Dieu est toujours ailleurs, qu'il n'est pas un objet maîtrisable à notre disposition, il est un Dieu résolument insoumis qui échappe, toujours, à nos quêtes possessives.

Mais quel est le rôle de ce paraclet ? Il n'est pas une simple prolongation de Jésus. Il est ce qui permettra aux disciples de maintenir leur relation au Dieu vivant. Mais surtout, selon Jean, ce paraclet, ce souffle de vérité, va enseigner. Au chapitre 14 déjà, Jean écrit que le paraclet vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Autrement dit, il ranimera, réveillera la mémoire pour y chercher quelque chose qui y était inscrit, réactivant le souvenir des paroles du Maître pour qu'elles restent actuelles.

Et c'est par une œuvre de communication de parole, que le paraclet assurera l'actualité du Christ dans la communauté. Dans notre passage en effet, on relève une cascade de verbes qui expriment la communication : demander, parler, dire, entendre, annoncer, ce verbe "annoncer" apparaît trois fois même.

C'est ainsi que le paraclet mènera vers la vérité, la vérité tout entière selon le verset 13, c'est-à-dire, il conduira la compréhension des paroles de Jésus et de sa Passion, jusqu'à leur sens plénier, absolu. La vérité n'apparaît pas toute entière, comme un acquis ou comme un diplôme, ou d'un seul coup et de façon immédiate comme lors d'une illumination.

On ne peut pas non plus prétendre y accéder tout seul, de notre propre chef. Le rôle de l'Esprit, c'est de nous entraîner dans les profondeurs de la Parole. Parce que la connaissance pleine de la vérité n'est pas de l'ordre du présent, elle est en devenir, notez bien que Jésus en parle en futur. Elle demande du temps, elle demande une longue approche, un long cheminement qui a besoin d'être guidé, en compagnie de Dieu. Nos cultes font partie de ce cheminement.

Autre particularité du Souffle et de son œuvre de communication, l'Esprit ne révèle pas de vérité autre que Jésus et n'apporte aucune révélation nouvelle. Son rôle n'est pas de faire des promesses spectaculaires, son rôle c'est de nous orienter vers le christ, c'est de donner vie et sens à ce que Jésus a dit en actes et en paroles, c'est d'enraciner en nous la conviction que Christ est vivant. Il ne parlera pas de sa propre initiative, dit Jésus. Et plus loin : Tout ce qu'a le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra de ce qui est à moi pour vous l'annoncer.

Tous les deux, le Fils et l'Esprit, agissent donc selon le mandat que leur confie le Père, et ils ne font rien d'autre et ne disent rien d'autre que ce dont le Père leur donne la charge. Le théologien André Gounelle a pu ainsi écrire que "l'Esprit n'est pas quelque chose ou quelqu'un dont on peut traiter de manière spécifique. Il n'a pas d'existence indépendante ni de réalité autonome. Tout seul, en soi, il n'est rien. Il n'a de sens, de vérité et de puissance que dans son lien avec Dieu ou dans sa relation avec le christ."

Il est donc raisonnable d'être réticents, comme l'ont d'ailleurs souvent été les Réformateurs, réticents devant ces théologies ou ces pratiques qui donnent la priorité aux expériences spirituelles, devant ces courants spiritualistes qui font abondamment appel au saint Esprit ; ils croient actualiser l'Évangile en exaltant un saint Esprit qui pour finir, se substitue au Christ.

En toute bonne foi, on peut se tromper et croire que l'Esprit souffle de prétendues révélations nouvelles. En toute bonne foi, on peut se tromper et confondre les impulsions de l'Esprit avec nos propres sentiments ou nos propres désirs... Comme si l'Esprit était un objet que l'on peut posséder ou verrouiller dans un rôle précis !

Et aujourd'hui, comment nous situons-nous, nous qui sommes si loin du passage de Jésus parmi les hommes, dans un monde déchiré dont Dieu semble souvent absent, un monde où il est difficile de parler de Dieu ? Comme les disciples de tous les temps, nous n'aurons jamais rien d'autre à voir que ce Fils qui s'en va.

À nous qui aspirons parfois à une présence massive et indiscutable de Dieu, il nous est seulement proposé la présence légère, ouverte et insaisissable de l'Esprit. Cet Esprit qui selon Jean donne du souffle aux paroles de Jésus, cet Esprit qui nous remue, nous fait avancer, nous transforme, qui nous rend audacieux aussi. Cet Esprit nous accompagne vers une compréhension nouvelle des êtres et des choses. Dès lors, il nous appartient de grandir et de prendre acte de ces vérités, pour proclamer cet Évangile qui sans cesse nous redit l'amour de Dieu pour le monde.
Amen !
Claudine Wendenbaum Prédications Prédications 2013
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