Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz


Prédication




le Souffle reçu   Jean 20,19-23
C'est la nuit du dimanche de Pâques. Le matin, Jésus est apparu à Marie de Magdala. Marie s'est alors empressée d'aller annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur. Quelle bonne nouvelle ! Mais apparemment, les disciples n'y ont pas cru. L'annonce de Marie ne les a pas rassurés. Et le soir, les voilà réunis dans une maison, dont ils ont verrouillé les portes. Ils se sont enfermés comme pour mieux résister à tout ce qu'ils ne comprennent pas. Les expériences de ces derniers jours ont en effet tout remis en question dans leurs certitudes : l'arrestation du Maître, leur fuite, l'interrogatoire, le procès. Et puis la mort du Seigneur et leurs désillusions.

Tous ces événements se sont bousculés et les disciples ne gardent qu'un sentiment de profonde amertume et sans aucun doute la certitude de n'avoir pas fait ce qu'il fallait faire. Ils se sentent coupables, pleins de sentiments confus.La nuit les environne. Et c'est non seulement la nuit dehors. C'est aussi la nuit dans leurs pensées, la nuit dans leur âme. La nuit les environne et ils sont comme enfermés dans leur peur.

En toute honnêteté, n'est-ce pas aussi parfois, voire souvent, notre cas ? Certes, la porte du temple de Maizières n'a pas été verrouillée ce matin et nous n'avons pas besoin de nous cacher pour vivre notre foi. Cependant, tous les événements qui peuvent surgir dans notre vie n'engendrent-ils pas aussi de l'incompréhension, un sentiment d'injustice, du fatalisme, de la résignation, une perte de confiance, du doute, de la peur ?

Mais revenons à nos disciples. Franchissant les murs de leur maison, voilà que le Ressuscité vient. Jésus est donc là, au milieu d'eux. "La paix soit avec vous" leur dit-il. La paix. Shalom. La paix, dans le langage biblique, c'est ce sentiment diffus qui vient d'ailleurs, qui exprime la présence de Dieu et qui permet de changer la réalité humaine. Cette paix, ce shalom, est riche de tout ce qu'elle porte en elle. Elle ne signifie pas seulement absence de conflits ou tranquillité de l'âme. Elle est aussi porteuse de nombreux souhaits. De santé, de prospérité, de bonheur en plénitude. Ainsi, cette paix, ce shalom, peut totalement et définitivement se substituer à toute peur. Comme la nôtre. Et comme celle des disciples.

À présent, Jésus souffle sur eux pour concrétiser cette parole de paix prononcée. Le souffle ne se voit pas, il ne se saisit pas. Il est un peu comme le vent : on ne sait pas d'où il vient, on ne sait pas où il va, mais ses effets sont audibles et visibles. Comme pour ces langues de feu bruyantes qui apparurent lors de la toute première Pentecôte. Ainsi, avec ce souffle qu'ils reçoivent, les disciples ont réalisé que tout devient possible. Le mort est vivant. Et ils le sont désormais avec lui. Le Ressuscité les ressuscite, ici et maintenant.

Rappelons-nous les Évangiles : À ceux qui étaient sourds, Jésus donne d'entendre les paroles de grâce. À ceux qui étaient aveugles, Jésus donne de voir et de vivre dans la pleine lumière. À ceux qui étaient muets, Jésus donne d'annoncer la bonne nouvelle de son Évangile. À ceux qui boitaient ou dont la main sèche ne permettait pas d'œuvrer, Jésus donne de devenir d'actifs serviteurs. À ceux qui étaient paralysés, Jésus donne d'être relevés, d'être capables de porter leur lit, leurs fardeaux, et d'être en mesure de marcher debout, dans la dignité et dans la joie. À ceux qui étaient comme morts, Jésus donne de ressusciter et de vivre, pleinement vivre.

L'esprit que Jésus a soufflé sur les disciples leur a donc redonné vie, en s'emparant d'eux, en leur révélant la présence de Dieu. L'esprit que Jésus a soufflé sur eux est le même esprit qui, selon les Écritures, était présent à tous les grands moments de la Révélation. Il est cette force qui vient d'en haut et qui pénètre profondément, pour donner vie à tous ces humains en mal de vivre. Il est cette sagesse et cette intelligence qui permettent de discerner la volonté du Père. Il est ce conseil et cette force qui permettent de porter du fruit et de promouvoir l'amour, la paix et la justice. Il est cette connaissance et cette crainte qui permettent d'éprouver la présence divine au creux d'une vie.

Quel contraste alors entre ces disciples transis de peur et enfermés dans un espace clos et ces mêmes disciples établis dans la paix par la présence de Jésus Ressuscité puis vivifiés par son souffle de vie ! Quel passage salutaire de la peur à la paix, de la mort à la vie ! Quel renversement qui fait passer les disciples d'un univers fermé, complètement recroquevillé sur lui-même, à une ouverture qui fait exploser toutes les limites !

Nous pensons alors : heureux étaient-ils, ceux qui se sont trouvés dans cette pièce, ce jour-là, à portée de souffle. Heureux étaient-ils parce qu'ils ont vraiment pu s'approprier l'événement de la résurrection. Heureux étaient-ils !

Et nous, qui sommes rassemblés ici-même ce matin ? Nous n'avons pas été les témoins directs des événements du récit de l'Évangile que nous venons de lire. Certes, nous savons, d'après les Écritures, que Jésus que l'on a vu mort est désormais vivant. Certes, nous avons certainement une idée, notre idée, sur la résurrection. Mais nous la sommes-nous vraiment appropriée ? La résurrection est-elle vraiment un fait acquis pour nous ?

Et parmi nos contemporains, combien sont ceux qui auraient aussi aimé entendre et voir ? Combien sont ceux qui auraient aimé croire mais qui n'y arrivent pas ? Combien sont ceux qui auraient aimé croire mais qui ne croient pas parce que les hommes ont provoqué en eux des blocages tels qu'ils ne pourront peut-être plus jamais croire ? Combien sont ceux qui auraient aimé croire mais qui rejettent Dieu lui-même parce que des événements ont rendu leur vie incompréhensible et ont entraîné la mort de leur foi ?

La foi, pour laquelle toute démarche est toujours des plus personnelles, aucune ne pouvant ressembler à une autre. Et les démarches de foi ne seront jamais la conclusion de quelque vérification rationnelle. C'est toujours dans l'intériorité de l'âme que tout se passe. C'est toujours au plus profond de soi-même que la résurrection peut devenir une réalité. C'est toujours une conviction intérieure, que l'Esprit de Dieu veut venir déposer en chacun d'entre nous. Par ce souffle qui nous est proposé, nous pouvons acquérir la plénitude dont nous avons besoin pour nous inclure personnellement dans cet événement fondateur de la foi et pour pouvoir commencer à vivre la résurrection qui nous est promise.

La foi qui est donc un engagement et une expérience personnels. Ainsi, comme les disciples, nous avons besoin de faire l'expérience de Dieu pour croire en lui. Comme les disciples, nous avons besoin de nous ouvrir personnellement à une réalité que nous ne dominerons cependant jamais et sur laquelle aucune certitude ne pourra jamais être définitive. Il nous faudra même nous débarrasser de toute illusion d'une foi totalement certaine, d'une foi sans doutes, d'une foi sans expériences.

Nous avons en effet besoin d'expérimenter, de vivre et de ressentir pour que notre foi devienne vivante et qu'elle puisse vraiment transformer notre vie. Car pour nous aussi, Jésus vient. Il vient et ne cesse de venir dans son Église, au milieu des siens. Cette présence reste actuelle. Jésus nous a bien assuré qu'il se trouvera toujours là où des hommes et des femmes se réuniront en son nom. Comme nous le sommes, ici, ce matin.

Alors, heureux sommes-nous, nous aussi, nous qui sommes réunis pour célébrer le Ressuscité. Nous sur qui Jésus veut également souffler. Pour que ce souffle divin nous fasse vivre. Pour que cet esprit de renouveau, source de paix et source de vie, nous permette de poursuivre notre marche en compagnie de notre Seigneur. Et pour que cet Esprit Saint puisse continuer d'aviver ici et maintenant la flamme de l'éternité.
Amen
Frédéric Orth Prédications Prédications 2014
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