Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Waines: Women at the well

Prédication




Se tenir debout devant Dieu Philippiens,4-9  Luc 18,9-14

"Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé."
Serait-ce là la morale de cette parabole, que l'on pourrait alors comparer à une petite fable ? Je ne le pense pas. En fait, je suis même persuadé que ce serait passer totalement à côté de ce texte que de le réduire à une telle petite fable.

Et surtout si on le considérait comme n'étant écrit qu'avec du noir et du blanc. En imaginant que celui-ci ne mettrait en scène qu'un "gentil", le pauvre publicain, ce collecteur d'impôts au service de l'occupant romain, et qu'un "méchant", le pharisien, ce membre du mouvement spirituel juif qui entendait se séparer - c'est d'ailleurs l'étymologie araméenne du mot "pharisien" - du commun du peuple par un respect absolu des prescriptions de la Loi de Moïse.

Lire cette parabole de manière aussi simpliste, ce serait donc se tromper complètement sur ce texte. Ce serait rester totalement insensible à la dynamique de cette parabole, qui a encore tant de choses à nous dire aujourd'hui. Mais avant d'aller plus loin, nous pourrions déjà nous poser les questions suivantes. Qui, dans cette parabole, est vraiment le "gentil" ? Et qui est vraiment le "méchant" ?

Pour cela, regardons les choses de très près. Le pharisien d'abord. Bien sûr, sa façon de prier, avec cette suffisance et cette satisfaction orgueilleuse, n'est pas forcément très académique. Mais, en toute objectivité, ce pharisien fait-il vraiment du tort à quelqu'un ? Bien au contraire. On ne devrait pas être loin de la réalité en affirmant qu'il fait même du bien. Beaucoup de bien. Il ne vole pas. Il ne trompe pas sa femme. Il est généreux en versant la dîme de tous ses revenus. Et comme tout bon pharisien qui se respecte, il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour observer la Loi de Moïse dans ses moindres détails.

Par ailleurs, on sait aussi par l'étude de cette période historique que toutes ces bonnes actions devaient encore plus coûter aux pharisiens, mal vus des sadducéens, eux qui formaient le gros de la classe sacerdotale et qui tenaient fermement le pouvoir religieux, et mal vus des occupants romains, qui voyaient d'un mauvais œil ce judaïsme inébranlable. Alors, pourquoi vouloir transformer en "méchant " ceux qui, finalement, n'étaient que des justes aux yeux des hommes ?

Parlons à présent du péager. Il était aussi très certainement mal vu par ses compatriotes. Lui qui passait à leurs yeux pour quelqu'un de pas très honnête. Lui qui collaborait avec l'occupant, en collectant les impôts pour ces Romains, sans oublier de se servir au passage. Tout comme en France, sous l'Ancien Régime, où les fermiers généraux étaient tenus de verser une certaine somme au trésor royal, en ayant l'autorisation d'en prélever une partie, puisqu'ils ne percevaient aucune rémunération pour cette tâche.

La question que Jésus met en scène dans cette parabole ne concerne donc pas le comportement moral, ou immoral, des uns et des autres. Certes, il est bien évident que Jésus ne doit aucunement approuver ce qui est mal moralement. Comme il n'entend pas non plus dénigrer ce qui est bien aux yeux des hommes. Mais avec cette parabole, il pose une toute autre question. Non pas "que suis-je devant les hommes ?".

Mais "que suis-je devant Dieu ?" Et cette identité devant Dieu résulte avant tout du domaine de la foi, ou de l'absence de foi. C'est cela que Jésus veut pointer du doigt dans cette parabole. Pour s'en convaincre, je vous propose de retraduire littéralement le verset 9, qui a ouvert notre récit d'aujourd'hui. Mot à mot, on devrait plutôt lire "Jésus dit encore cette parabole à certains qui mettent leur confiance en eux parce qu'ils sont justes." Non pas qui se croient justes, qui s'imaginent justes ou qui se persuadent d'être justes. Mais qui sont justes.

Jésus ne conteste donc pas le fait que le pharisien a un comportement quasi-irréprochable aux yeux des hommes. Mais il lui reproche, en raison même de ce comportement exemplaire, de placer sa confiance en lui-même. Et non en Dieu. Le pharisien se croit sauvé par ses propres efforts. Et il place son identité en lui-même, au lieu de la recevoir du Père. Ce pharisien nous fait donc irrésistiblement penser à Paul, également ancien pharisien, qui, dans une autre traduction des versets 4 à 6 du chapitre 3 de son Épître aux Philippiens, nous a rappelé ce matin : "J'avais aussi des raisons de mettre ma confiance en moi-même. Si un autre croit pouvoir se fonder sur lui-même, je le peux davantage, moi qui ai été circoncis selon les règles, moi qui appartiens à la plus célèbre des tribus d'Israël, moi qui étais devenu irréprochable pour ce qui concerne la justice qui s'obtient par l'observation de la loi."

Parce qu'il est sans doute vraiment juste aux yeux des hommes, le pharisien de la parabole croit donc pouvoir tenir debout tout seul devant Dieu et ne devoir son identité de fils de Dieu que grâce à ses propres mérites. Ici encore, retraduisons littéralement le verset 11 : "Le pharisien, se tenant debout vers lui-même, priait." Même en priant, c'est vers lui-même qu'il regarde. C'est de lui-même qu'il parle. C'est à lui-même qu'il s'adresse.

Dieu est pour lui comme dans la position d'une montagne, qui lui renvoie sa propre parole en écho. "Mon Dieu, regarde comme je suis bien". "Oh oui, que tu es bien !". Dieu est pour lui comme en position de miroir. En se tenant devant Lui, le pharisien attend surtout qu'Il lui renvoie l'image d'un homme qui n'a besoin de personne pour être sauvé. Bref, comme le note le mot à mot de notre retraduction, c'est devant lui-même qu'il se tient et non devant Dieu. Et c'est justement cela que Jésus condamne. Le fait que le pharisien place sa confiance en lui-même. Qu'il veuille se sauver par lui-même. Qu'il ne veuille pas recevoir le salut de Dieu, pourtant offert par pure grâce par notre Père.

Qu'en est-il à présent du péager ? Jésus n'approuve certainement pas son comportement moralement douteux. Mais il note que devant Dieu, le péager ne fait rien valoir. Il ne prend pas Dieu à témoin de sa vie. Mais il lui demande la vie, tout simplement. Car il sait bien que devant Dieu, il ne peut pas tenir debout. Aussi se tient-il les yeux baissés, au fond du temple, et en appelle-t-il au Père de toute miséricorde. Et non au juge qui récompenserait ses éventuels mérites. "Ô Dieu, aie pitié de moi, moi qui ne suis qu'un pêcheur."

Ici, le péager est tout à fait comparable au fils prodigue, qui, revenant vers son père, n'espérait qu'un statut de salarié. Qui n'en demandait pas plus et qui, ô miracle, s'est entendu réintégré dans son statut de fils. Non pas à cause de son comportement. Mais à cause de la miséricorde de ce père qui n'a pas tenu compte des comportements, justes ou injustes, devant les hommes pour mesurer son pardon et son amour. C'est cela que veut viser Jésus dans cette parabole. Non pas notre identité devant les hommes, une identité qui serait fonction de nos mérites humains. Mais notre identité devant Dieu, une identité qui s'obtient par la foi. Une identité qui n'est pas donnée quand on vient rencontrer Dieu les mains pleines de nos mérites. Mais qui est donnée quand on vient à Lui les mains ouvertes, comme celles d'un enfant qui n'a rien à donner mais tout à recevoir.

Poursuivons à présent avec la fin des versets d'aujourd'hui de l'Épître de Paul aux Philippiens : "Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ (...) à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai renoncé à tout (...) afin de gagner Christ et d'être trouvé en Lui non avec ma justice, celle qui vient de la Loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi."

On l'aura sans doute remarqué : la parabole commence et se termine avec une certaine idée de la justice. Dans cette histoire, Jésus vise ceux qui mettent leur confiance en eux parce qu'ils sont justes. La justice du pharisien le conduit à croire qu'il peut tenir debout tout seul devant Dieu. En revanche, la parabole s'achève en utilisant le même mot, mais à la forme passive : "Je vous le déclare, dit Jésus, le péager redescendit chez lui justifié, et non l'autre". Devant les hommes, on peut donc être juste ou injuste selon que nos œuvres soient ou non conformes à la Loi.

Mais devant Dieu, personne ne peut être juste. Personne ne peut se justifier par lui-même. Même en étant conforme aux idéaux de ses contemporains. Même en faisant ce que les hommes attendent de lui. Personne ne peut tenir debout devant Dieu par ses propres forces. Personne ne peut obtenir son identité par ses propres moyens, plein de lui-même et vide de Dieu. Cependant, ceux qui, les mains ouvertes, rencontrent leur Seigneur dans la foi seront justifiés. Ils seront déclarés justes, rétablis dans un statut filial, à cause de l'œuvre de Christ pour chacun d'entre nous.

Pour finir, on pourrait aussi se demander si le pharisien et le péager sont bien deux personnes différentes. Serions-nous alors condamnés à nous demander si nous ressemblons plus à l'un qu'à l'autre ? Serions-nous alors condamnés à être l'un ou l'autre ? Personnellement, j'aurais plutôt tendance à croire qu'en fait, ces deux hommes n'en forment qu'un. Ainsi, nous aussi, nous sommes à la fois l'un et l'autre. À la fois des êtres aliénés, pêcheurs et perdus. Mais aussi des êtres accueillis, justifiés, restaurés dans notre dignité d'enfants et inscrits dans un chemin de liberté en Christ. Nous sommes à la fois le pharisien et le péager de la parabole d'aujourd'hui.

Et si nous ne retenions pour nous que les "bons côtés" de ces deux personnages ? Alors, comme le pharisien, n'hésitons pas à multiplier nos bonnes actions devant les hommes. Ce sera bien ! Et puis, comme le péager, n'omettons surtout pas de toujours nous tourner vers le Christ et son Évangile. Ce sera encore mieux ! Et dans la joie, nous pourrons alors éprouver la douce et paisible sensation de nous sentir vraiment accueillis, sans aucune condition. De nous sentir réellement justifiés et déclarés fils et filles de Dieu le Père. Par pure grâce, par le moyen de la foi en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Amen
Frédéric Orth Prédications Prédications 2014
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