Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




Vers quel vrai miracle regarder ?  Mt 16,1-4, Jonas 1,1-4 ; 2,1+2+11; 3,1-5

"Seigneur, demandent à Jésus quelques pharisiens et sadducéens, fais un miracle pour nous, un signe spectaculaire, afin que nous puissions croire à ce que tu dis." Une telle demande est bien une attente caractéristique des hommes : non pas la foi mais la vue. Non pas la confiance mais la prétention de savoir, d'avoir des évidences, des certitudes. Autrement dit, la volonté de transformer l'Évangile en un savoir constatable, voire en une démarche cartésienne qui ferait l'économie de la foi. "Fais un miracle et on croira en toi."

Cela ne nous rappelle-t-il pas le passage de la tentation de Jésus au désert ? Si tu es vraiment le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Si tu es vraiment le Fils de Dieu, jette-toi du haut du temple. Si tu es vraiment le Fils de Dieu, change le désert en grenier éternel et accomplis des prouesses renversantes ! Si tu es le Fils de Dieu, ne te limite pas à dire mais montre, démontre. Oui, fais un miracle qui prouverait sans aucune hésitation, sans aucun doute, que tu es vraiment le Fils de Dieu !

Nous pourrions être tentés d'être sévères à l'égard de cette demande des pharisiens et des sadducéens. Mais, très honnêtement, celle-ci ne nous habite-t-elle pas nous aussi ? Et même très souvent ? Quand notre chemin personnel ou familial devient lourd, quand nos prières semblent s'écraser sur les parois d'un ciel vide, quand nos paroisses se vident et que nous nous demandons si nous sommes pas la dernière génération de croyants, n'arrive-t-il pas aussi que notre foi chancelle ? N'avons-nous pas alors envie d'interpeller le Seigneur et de lui dire : "Seigneur, fais un miracle. Prouve que tu es là. Permets-nous de marcher par la vue en nous épargnant de marcher par la foi. Fais quelque chose de spectaculaire. Manifeste ta puissance afin que nous puissions être sûrs que nous ne nous battons pas pour rien et que cela vaut encore la peine d'user nos faibles forces pour le combat de l'Évangile.

Revenons à notre texte. De manière un peu étonnante, Jésus ne refuse pas de montrer un signe du ciel à ses interlocuteurs et il ajoute : Ce signe, il est déjà là, au milieu de vous, et vous ne le voyez pas. Pourtant, lorsqu'il s'agit de choses beaucoup moins importantes, vous savez bien observer et tirer les conclusions qui s'imposent. Ainsi, si le ciel est rouge le soir, du côté de l'ouest, vous êtes certains que demain, il fera beau. Et, inversement, si le matin, le ciel est déjà rouge sombre, vous savez que l'orage menace et vous prenez vos précautions en mettant vos récoltes à l'abri et en protégeant vos troupeaux. Vous savez donc déployer de la sagesse, du savoir, de l'habileté pour certaines choses, importantes mais non essentielles.

Pourtant, quand il s'agit du destin même de votre vie, vous restez incapables de lire les signes du ciel. Et à ce sujet, il y a un signe qui est déjà là, qui n'a jamais cessé et qui ne cessera jamais d'être donné : c'est le signe de Jonas. Pour bien montrer toute l'importance que Jésus attache à ce discernement, Matthieu en fait la conclusion de ses propos : ainsi, c'est sur ces mots que Jésus les quitta et s'en alla.

Le signe de Jonas ! Cette réponse est-elle facile à comprendre ? Où, dans l'histoire extraordinaire de Jonas, se trouve finalement le miracle ? Dans l'épisode du poisson, qui engloutit le prophète durant trois jours pour le recracher ensuite sur le rivage ? Dans d'autres aspects de ce texte, comme par exemple l'arbre que Dieu fait pousser en un rien de temps pour protéger le prophète du soleil ? Mais le signe de Jonas ne serait-il pas ailleurs ?

Ne résiderait-il pas dans le fait que la Parole de Dieu est prêchée, malgré Jonas qui cherche à fuir, malgré les matelots qui veulent faire périr le prophète, malgré le poisson qui entend digérer l'envoyé de Dieu, malgré l'immensité de la ville de Ninive à traverser entièrement pour faire entendre la Parole de Dieu et malgré la très grande méchanceté de ses habitants qui était montée jusqu'à Dieu.

Oui, le miracle de Jonas ne réside-t-il pas dans le fait que malgré tous ces obstacles, insurmontables pour nous, la Parole de Dieu est quand même annoncée et que cette prédication porte des fruits en suscitant une réponse : les gens de Ninive crurent à Dieu depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. Oui, c'est peut-être cela, le signe de Jonas. La prédication continue et, ô miracle, des hommes et des femmes y répondent, se convertissent et se rassemblent pour le service du Seigneur.

Ce signe de Jonas, nous pouvons donc le discerner par ce miracle d'une Parole, née dans un coin isolé de l'Empire romain, portée par de petites gens socialement insignifiantes. Ce signe de Jonas, c'est aussi le Réveil de la prédication de l'Évangile au XVIème siècle à partir d'un coin isolé d'Allemagne. Ce signe de Jonas, c'est qu'aujourd'hui encore, malgré les facilités et les techniques, malgré la fascination des faux dieux, malgré la dispersion des idées, l'Évangile est toujours proclamé. Et des hommes et des femmes se rassemblent toujours pour former l'Église. Où pourtant on ne distribue ni honneur, ni argent, ni bénéfices. Mais où, au contraire, on mobilise les énergies, on invite à l'effort et au don.

Oui, il est peut-être là, le signe de Jonas. Le miracle auquel Jésus renvoie. Le signe qui devrait conforter notre foi. Le signe aussi visible que la couleur du ciel. Dieu lui-même veille à ce que la prédication de l'Évangile ne cesse pas. Même quand on pourrait croire que tout est perdu. Même quand on pourrait croire que la situation est désespérée. Et aujourd'hui encore, cette fidélité de Dieu à la prédication de sa Parole reste visible pour qui sait s'y rendre attentif.

Le voilà sans doute, le miracle de Jonas, le signe que nous demandons, le prodige qui devrait fortifier notre foi, gonfler nos poitrines d'un souffle d'espérance et nous faire regarder l'horizon d'un cœur plus léger. Et si cette prédication ininterrompue d'un Évangile qui atteint pleinement son but est humainement inexplicable, c'est peut-être que l'expression "signe de Jonas" renvoie également au Saint-Esprit.

Je m'explique. En hébreu, le mot "Jonas" ne désigne pas seulement le nom propre d'un prophète. En effet, il signifie aussi "colombe". Ce mot, pour Jésus, était pleinement associé à son baptême, lors duquel la colombe a matérialisé la venue du Saint-Esprit sur lui. Il y a donc là un deuxième aspect du miracle de Jonas. Cette continuité de la prédication et l'Église en tant que réponse à celle-ci ne sont pas réductibles à des exploits humains. Non, une puissance inspire et soutient bel et bien les différents témoins. Une puissance permet à la prédication de déboucher les oreilles et d'ouvrir les cœurs. C'est cette puissance que l'on peut appeler le Saint-Esprit, celui qui rend le Christ présent et agissant parmi nous.

Depuis le premier Noël, les cieux se sont déchirés, Dieu est devenu présent au milieu des hommes. Alors, même si notre Église reste toute petite, balbutiante, hésitante, toujours à la limite de la rupture, elle reste néanmoins un signe visible de la fidélité du Christ qui sans cesse, nous délivre sa prédication. Elle reste éégalement un signe visible pour les humains et un miracle extraordinaire pour ceux qui veulent bien prendre le temps de l'observation et de l'étude.

Mais, attention, la continuité de l'Église à travers les âges, les cultures, les persécutions, les épreuves, ne pourra jamais s'expliquer par ses talents et par sa force. Non, cette continuité restera toujours du seul fait de la fidélité d'un Seigneur qui, à chaque génération, rassemble son Église, la nourrit et l'envoie en mission, comme jadis, il a judicieusement envoyé Jonas vers Ninive. À Dieu seul la gloire !
Amen !
Frédéric Orth Prédications
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