Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




L'homme est une espérance de Dieu   Luc 13,1-9

L'évangile d'aujourd'hui ressemble un peu à notre journal quotidien, il s'ouvre sur de bien mauvaises nouvelles. Des gens, on ne sait pas qui ils sont, viennent trouver Jésus pour lui signaler un acte de répression cruel, un acte initié par Pilate, et commis par des soldats romains à l'égard de Galiléens qui ont été massacrés dans un temple, alors qu'ils offraient leurs sacrifices à Dieu. Et le sang de ces Galiléens s'est retrouvé mêlé à celui des animaux sacrifiés, ce qui correspondait à une impureté particulièrement insupportable.

On peut se demander... Pour quelles raisons ces gens viennent-ils rapporter un tel incident à Jésus, avec quelles intentions ? Cherchent-t-ils à réveiller chez lui des sentiments nationalistes ? Veulent-ils l'alerter d'un danger ? Ou bien tout simplement, sont-ils inquiets pour eux-mêmes ? Luc, avare de détails, laisse tout cela dans l'ombre. Il est possible aussi que leur récit cache une question indirecte, et peut-être que cette question qui traîne dans leur tête, comporte une certaine dose d'ironie, une arrière-pensée de leur part.

Car il faut savoir qu'à l'époque de Jésus, les Galiléens, qui habitaient le Nord du pays, étaient assez mal vus par les Judéens. Marginalisés, ils étaient considérés un peu comme des provinciaux frustes avec leur manière différente de parler. Certains pensaient même qu'ils ne relevaient pas d'une orthodoxie très correcte. Les Galiléens passaient aussi pour être les plus turbulents des Juifs, les plus prompts à la révolte contre l'occupant. Et donc il n'est pas impossible que les personnes qui viennent trouver Jésus, suggèrent ironiquement que ces Galiléens n'étaient pas "des Juifs comme il faut", qu'ils ne pratiquaient pas la bonne religion, qu'ils avaient peut-être davantage péché que les autres, et qu'au fond ils avaient attiré eux-mêmes les malheurs sur eux.

En cela, les interlocuteurs de Jésus nous ressemblent un peu car à nous aussi il arrive de dire "mais qu'ai-je fait au bon Dieu pour mériter cela ?", ou de penser à propos des malheurs de quelqu'un, qu'il ne "l'a pas volé".
Et lors de catastrophes touchant des populations entières, on peut encore entendre dans certains milieux religieux bien-pensants, que les malheurs sont la réponse de Dieu à des comportements sans moralité, à des comportements qui désobéissent à la loi divine.

Et donc, on peut imaginer que ces gens qui viennent trouver Jésus, établissent une relation directe entre souffrance et péché, entre malheurs et culpabilité, entre mort violente et colère divine ; et ils attendent la réaction du maître face à ce problème qui est vieux comme le monde. La réponse de Jésus ne se fait pas attendre, elle est plutôt cinglante, violente même : Pensez-vous que si ces Galiléens ont été massacrés, cela signifie qu'ils étaient de plus grands pécheurs que les autres ? Non, enchaîne-t-il sans prendre la peine d'argumenter.

Ce qui est étonnant, c'est que, finalement c'est Jésus lui-même qui pose la question. Et avec une rapidité surprenante, le fait divers évoqué va devenir, par un renversement de sa part, l'occasion d'un avertissement inattendu. Jésus en effet coupe court à la discussion à laquelle vraisemblablement ses interlocuteurs s'attendaient. Il ne rentre pas dans un débat sur un éventuel lien entre culpabilité et catastrophe, même si à ses yeux ce lien n'est pas juste. Mais il place ses auditeurs face à la nécessité de leur propre conversion, en insistant sur son urgence : Mais si vous, vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous de même.

Surprenant Jésus, qui si souvent, dévie nos trajectoires et nous cueille à contre-pied ! Ainsi, on laisse entendre devant lui que la justice divine, c'est la justice d'un Dieu comptable qui inflige le malheur selon votre état de péché ou de sainteté, et lui, il se fait le messager d'un Dieu qui interpelle chacun de nous dans sa vérité, de manière radicale. On l'interroge sur une mort passée qui concerne des inconnus, et lui, il répond en évoquant une mort à venir, celle de ses auditeurs présents.

Comprenez votre erreur, et arrêtez de prétendre que certains sont plus mauvais et plus coupables que les autres. Cessez de vous croire meilleurs que les autres à cause de vos prétendues vertus, cessez de vous croire plus à l'abri qu'eux. Jésus est catégorique.
Les malheurs qui surviennent n'ont pas de signification particulière quant à la qualité des uns ou des autres. Et il n'y a rien de religieux dans ces histoires-là. Jésus remet ainsi les choses à leur juste place, ceux qui sont morts n'étaient pas plus mauvais. Ils étaient comme les autres. Et vous, vous êtes comme eux et vous méritez le même sort qu'eux, affirme-t-il. Changez de pensée et cessez de vous croire l'élite de l'humanité.

Avec la dureté la plus choquante, Jésus affirme l'égalité de tous dans la responsabilité. Sans ménagement, il révèle à ses interlocuteurs qu'ils se trouvent tous dans un état de péché qui les rend dignes de connaître le même sort que ces malheureux. Et pour donner plus de force à son propos, il évoque une autre catastrophe, une tour qui au sud-est de Jérusalem, a écrasé dans sa chute 18 personnes, 18 juifs sans doute "comme il faut" ceux-là. C'est Jésus qui mène la danse à présent, c'est lui qui pose les questions et qui donne les réponses pour inviter à réfléchir. Et à propos de ces 18 morts accidentelles, il donne la même réponse, le même avertissement et la même recommandation de conversion : Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous pareillement, répète-t-il.

Cependant, il ne faut pas se tromper, la mort prochaine annoncée par Jésus ne correspond pas à une punition qui serait infligée pour cause de non conversion, car dans ce cas nous retomberions dans la même logique de rétribution. Jésus ne se situe pas non plus dans une sorte de chantage menaçant. Non, il constate seulement. Et la mort prochaine dont il parle, c'est simplement la conséquence de nos comportements avec lesquels il nous appelle à rompre, radicalement. Mais de quelle mort s'agit-il ? Le terme utilisé laisse une imprécision qui permet une certaine liberté d'interprétation. Et on peut penser que Jésus parle également de mort spirituelle, de cet endurcissement du cœur qui nous éloigne de Dieu et qui nous fait dépérir, par manque d'espérance, de confiance, d'amour.

Jésus reste donc muet au sujet de la question du mal qui nous frappe et par conséquent les questions soulevées par notre passage du jour restent immenses.
Car il refuse d'expliquer les deux catastrophes, et ce faisant, les catastrophes restent dans le domaine de l'insensé, de l'injuste, de l'injustifiable. Elles échappent à tout schéma raisonnable et rassurant qui nous permettrait de croire que nous maîtrisons un tant soit peu les événements.

Alors, comment l'évangile de la Bonne nouvelle peut-il venir s'inscrire dans notre récit de ce jour ? Q'en est-il de la présence et de l'action de Dieu dans le monde ?

La petite parabole de jardinage qui est donnée par Jésus à la fin de notre récit, est destinée à nous éclairer. Un propriétaire et son jardinier sont donc en désaccord sur le sort à réserver au figuier stérile, qui risque d'épuiser le sol de la vigne où il est planté. L'affaire aurait pu être très vite réglée si le propriétaire, venu chercher la récolte trois années de suite sans rien trouver, n'avait pas eu à faire à un vigneron jardinier récalcitrant, qui aime bien trop ses plantes pour les détruire. Même un arbre improductif, cela ne se détruit pas comme cela ! L'insolite de l'histoire, réside donc dans ce vigneron qui plaide auprès du propriétaire radical la cause de l'arbre rebelle, proposant même de mettre la main à la pioche, de creuser la terre, de l'améliorer. Il espère que peut-être ses soins, ajoutés au long labeur du temps, favoriseront un renversement de situation.

Qui est donc ce propriétaire amateur de figues ? On pourrait croire que c'est Dieu, mais on imagine mal l'ouvrier donnant des ordres à son propriétaire. Et puis dans cette histoire, c'est le vigneron qui prend vraiment les initiatives et qui dit au maître ce qu'il doit faire.

Pour comprendre la parabole, il nous faut inverser nos valeurs, changer nos manières de considérer Dieu, bref, convertir notre regard.

Celui qui a des idées larges, celui qui met la main à la pioche et les mains dans le fumier pour aider le figuier à porter la vie, c'est Dieu ! Celui qui exige que le figuier le nourrisse et qui se croit le propriétaire du monde, c'est l'homme. Ceux qui menacent de mort le figuier, c'est encore nous, si prompt que nous sommes dans nos jugements sommaires à l'emporte-pièce et dans nos accusations expéditives.
Et celui qui cherche à sauver l'arbre en arrêtant la hache, c'est Dieu. Voilà où se trouve la Bonne nouvelle : c'est que le monde n'est pas voué à la fatalité aveugle d'un Dieu qui ne fait rien et qui laisse faire. Le Dieu que Jésus nous présente ici est un Dieu de patience et d'indulgence qui donne priorité à la vie, un Dieu à l'œuvre, qui travaille à améliorer le monde parce que c'est l'avenir du vivant qui l'intéresse.

Et ce Dieu met aussi l'homme face à ses responsabilités, face à sa liberté. Car dans la parabole quand Dieu aura fait ce qu'il devait faire, il invite l'homme à prendre lui-même ses responsabilités : Si tu veux couper l'arbre, fais-le mais ne me demande pas de le faire.

La conversion que Jésus demande ne porte donc pas d'abord sur des comportements. Ce qu'il faut changer, c'est notre représentation de Dieu, afin de faire la part des choses entre les différentes images de Dieu.
Jésus dit également "non" à toutes nos attitudes improductives et sa parabole nous indique que nous sommes des êtres pour la vie. Là aussi est la conversion qui transforme notre rapport à la vie : nous sommes là pour porter des fruits et pour nous ouvrir à l'avenir de Dieu. Et si le vigneron nous ouvre la possibilité d'un avenir, de manière ultime c'est à nous de saisir cette espérance et de mettre à profit cette grâce improbable dont il nous est fait don, sans justification. Peut-être d'ailleurs est-on amené à se re-convertir en permanence, parce que nous ne le sommes pas une bonne fois pour toute et que Dieu nous laisse toujours une année prochaine pour lui dire "oui".
Amen !
Claudine Wendenbaum Prédications Prédications 2013
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